1. PRESENTATION GENERALE
TEXTES DE REFERENCE
- Arrêté du 29 octobre 2001, portant organisation du certificat
d’aptitude aux fonctions d’instituteur ou de professeur
des écoles maître formateur (cf. BOEN n°45 du 06 décembre
2001)
- Circulaire n°2002-125 du 05 juin 2002, certificat d’aptitude
aux fonctions d’instituteur ou de professeur des écoles
maître formateur (cf. BOEN n°24 du 13 juin 2002)
1.1. COMPOSITION DU JURY
59 personnes ont participé aux commissions de jury de l’épreuve
: 12 Inspecteurs de l’Education nationale, 12 professeurs, 35
maîtres formateurs
1.2. CALENDRIER DE L’EPREUVE
Les épreuves d’admissibilité se sont déroulées
du lundi 15 octobre au vendredi 30 novembre 2007 et les épreuves
d’admission du 9 avril au 7 mai 2008.
1.3. ORIGINE GEOGRAPHIQUE DES CANDIDATS
TAHITI |
MOOREA |
ISLV |
TUAMOTU |
AUSTRALES |
MARQUISES |
18 |
1 |
5 |
2 |
3 |
0 |
|
19 |
10 |
29 inscriptions ont été enregistrées après
examen des dossiers, agrément des sujets de mémoire ou
désistement. L’émergence de nombreux candidats hors
de Tahiti et Mo’orea se confirme.
1.4. REPARTITION DES INSCRITS
PAR SPECIALITE
Non spécialisé |
Option Education Physique et Sportive |
Option Technologie Ressources Educatives |
Options Langues culture régionales |
19 |
1 |
2 |
7 |
1.5. RESULTATS DE L’EPREUVE D’ADMISSIBILITE
Session |
Inscrits |
Ayant subi l'épreuvesession 2008 |
Admissibles Session 2008 |
Admissibles Sessions Antérieures |
Total admissibles |
2008 |
29 |
17 |
8 (47%) |
10 |
18 |
10 candidats bénéficiaient de l’admissibilité
obtenue lors d’une session antérieure et 19 devaient passer
l’épreuve. Sur les 19, 17 l’ont effectivement passée
(2 désistements), 8 ont été déclarés
ad-missibles, soit près de 50%.
Il y a donc eu 18 candidats admissibles en 2008.
1.6. RESULTATS DES EPREUVES D’ADMISSION
| Session |
Admissibles |
Ayant passé mes épreuves d'admission |
Admis |
| 2008 |
18 |
14 |
9 (64%) |
Session Admissibles Ayant passé les épreu-ves d’admission
Admis
2008 18 14 9 (64%)
2. L’EPREUVE D’ADMISSIBILITE
2.1. REPARTITION PAR NIVEAU ET PAR DISCIPLINE DES 17
CANDIDATS AYANT PASSE L’EPREUVE D’ADMISSIBILITE
Discipline |
Franc |
MAth |
LC Poly |
EspTp H&G |
Educ Civ |
SVT ScPh |
TRE |
Arts Vis |
Educ Music |
EPS |
Total / niveau |
Niveau |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
SP-SM |
2 |
|
|
|
|
|
1 |
1 |
|
|
4 |
SG |
3 |
1 |
3 |
|
|
|
|
|
1 |
1 |
9 |
CP |
1 |
|
1 |
|
|
|
|
|
|
|
2 |
CE1 |
2 |
|
|
|
|
|
|
|
1 |
|
3 |
CE2 |
|
1 |
|
1 |
|
|
|
|
|
|
2 |
CM1 |
2 |
|
|
1 |
1 |
|
|
|
|
|
4 |
CM2 |
2 |
2 |
|
1 |
|
|
1 |
1 |
|
1 |
8 |
CI Adapt |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
0 |
CA Perf |
1 |
|
1 |
|
|
|
|
|
|
|
2 |
CJA |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
0 |
34 leçons ont été observées et constituent
un échantillon représentatif des pratiques, dans le contexte
d’un examen pour une certification de formateur d’enseignants.
En leçon 1 :13 séances de français et 4 de mathématiques.
En leçon 2 : 5 séances de langues polynésiennes
(incidence de l’expérimentation pour un enseigne-ment renforcé
des langues polynésiennes) et 2 en moyenne dans les autres domaines.
En français, le jury a observé 6 séances de langage
(maternelle), 4 de lecture, 3 de produc-tion d’écrit. Le
nombre de séances de lecture s’est considérablement
réduit par rapport aux sessions précédentes. Il
n’y a eu aucune séance d’observation raisonnée
de la langue.
En langues polynésiennes, l’oral est privilégié
en raison du niveau (cycle 1).
Compte tenu du faible nombre de séances par discipline ou de
leur dispersion dans les divers domaines d’une discipline, les
leçons ne sont pas représentatives des didactiques.
Par contre, elles sont porteuses d’informations, pour les futurs
candidats, sur des paramètres plus transversaux : les communications,
la gestion du temps, le degré et la qualité de l’activité
des élè-ves, la guidance, les préparations, les
dispositifs utilisés et les types d’activité…
Les candidats se situent bien dans le cadre des programmes (version
provisoire 2006, pour la Polynésie). Parfois, leur travail est
cadré par des citations d’extraits des programmes : ce
souci d’explicitation est louable car le seul libellé des
compétences peut être succinct
2.2. CONCEPTION ET PREPARATION DES SEANCES
Les jurys ont toujours disposé des préparations pédagogiques,
généralement détaillées, mi-nutées
dans leur déroulement.
2.2.1. L’INSCRIPTION DANS DES RESEAUX DE CONNAISSANCES ET
CAPACITES : INTERDISCIPLINARITE, TRANSVERSALITE
La demande de cohérence est inscrite explicitement dans les programmes
et dans le socle commun de connaissances. Par exemple, il faut développer
le dire, lire, écrire en toute discipline ; la géographie,
la littérature et l’éducation artistique sont regroupées
en Education humaniste, etc.
Si la majorité des candidats ont le souci d’intégrer
ces dimensions à leur pratique de classe, ils ne doivent pas
en rester à l’affichage en tête de la préparation.
Deux exemples : en cycle 3, « dire, lire, écrire en toute
discipline », n’est pas réellement observable et
pertinent, par rapport aux objectifs et aux dispositifs de séance
mis en place ; en littérature, si on avance que les lectures
participent de la constitution d’une culture commune, il faut
pouvoir fournir, en plus du support pour la leçon mon-trée,
des références de livres lus ou à lire.
2.2.2. L’INSCRIPTION DANS UNE PEDAGOGIE DE PROJET : MOTIVATION
DES ELEVES
Dans telle classe, on vise la réalisation d’un album,
dans une autre on prépare un séjour chez des correspondants
par une enquête. Ici on cherche des informations pour participer
à un concours de lecture, là on découvre une technique
picturale pour la fabrication d’une carte de vœux, etc. Par-fois,
les enseignements sont centrés sur un thème qu’on
veut fédérateur : fêter Nöel ou Matari’i
‘i nia, Matari’i ‘i raro…
Pour le jury, les séances présentées dans ces contextes
témoignent très souvent d’un écart important
entre la réalité observée et le projet annoncé
(faisabilité). Soit la séance vue montre qu’on a
encore trop à faire alors qu’on arrive au terme de la séquence.
Soit l’activité proposée a peu de rapport avec le
but visé. Ainsi, en l’inscrivant dans un projet de comédie
musicale, l’apprentissage des bases de la communication orale
dans une langue se trouve fortement ralenti. Réciproquement,
les activités linguistiques, trop décrochées par
rapport à un projet, perdent leur sens et démotivent.
Au lieu de créer une situation problème, l’enseignant
a un problème de situation... Ses élèves de-viennent
les otages du conflit entre la nécessité de didactiser
(planifier une progression) et le souci de finaliser (réaliser
un produit) ; conflit qui ne devrait concerner que le maître.
2.2.3. L’INSCRIPTION DANS UNE PROGRESSION : LA SEQUENCE DIDACTIQUE
Il est dommage que 7 candidats n’aient présenté
que des fiches de séance : resituer des le-çons dans une
séquence atteste du souci d’afficher la cohérence
des enseignements et la progressivi-té des apprentissages. C’est
important pour devenir formateur. Cependant, quand la séquence
est fournie, on constate – et cette année encore trop souvent
– qu’elle est peu explicite :
Les séances sont énumérées sans que leur
progressivité soit lisible. Par exemple, une séquence
d’EPS mentionne pour chaque séance le même objectif
«permettre à chacun d’améliorer son niveau
d’habileté » mais on ne sait pas comment tout cela
progresse (quelles activités ? Quelles exigences critériées
?). Il en est de même lorsqu’une séance d’art
visuel se réduit à la présentation et à
l’utilisation de techniques successives.
Parfois, c’est l’ordre et les moyens utilisés qui
manquent de pertinence : en moyenne section de ma-ternelle, pour raconter
l’histoire contenue dans un album, est-il pertinent d’avoir
à remettre en ordre des images ? Quel est le lien avec l’objectif
de la dernière séance « décrire un personnage
» ? D’ailleurs, faire le récit, ne nécessite-t-il
pas d’évoquer (de présenter) dès le début
les personnages ?
D’autres fois, la mise en séquence, qui devrait créer
du sens aboutit à son contraire : ainsi, la lecture d’un
album est-elle étalée sur huit séances : il y a
donc dilution de la logique de l’histoire ; en huit séances
on peut non seulement lire l’album plusieurs fois mais aussi le
mettre en réseau avec d’autres (d’autant qu’ici
le héros était un personnage archétypal).
2.2.4. L’INSCRIPTION DANS LE CADRE OPERATIONNEL DE LA SEANCE
Le libellé des compétences est repris intégralement
des référentiels. Par contre, les objectifs, destinés
à traduire l’acquisition de ces compétences en opérations
d’apprentissage, relèvent de choix didactiques du maître
: ils doivent être formulés « sur mesure ».
Même si l’expérience prati-que du candidat lui permet
de rester efficace, ce qu’il écrit en ce domaine est révélateur
d’imprécisions difficilement recevables lors d’un
tel examen.
Ainsi, il vaut mieux éviter que l’objectif de la séance
n’ait qu’un lointain lien avec la compétence : l’objectif
« décrire un fruit (couleur, forme, texture, odeur) »
est difficile à relier aux compétences « exposer
son point de vue et ses réactions » et « reformuler
un énoncé… ».
Formuler un objectif revient à formuler le résultat attendu
de l’action de l’élève (être capable
de… ) et les conditions dans lesquelles elle doit s’effectuer
(on parle des trois « c » : comportement observable, critères
de réalisation, critères de réussite). En ce cas,
l’objectif « comprendre un texte lu » est beaucoup
moins explicite que la compétence de référence
« comprendre un récit adapté à son âge
et le manifester en reformulant dans ses propres mots la trame narrative
de l’histoire » : « reformuler » est un comportement
observable ; « dans ses propres mots » est un moyen de réali-sation
; « la trame narrative » est le résultat attendu
(critère de réussite).
Un dernier exemple illustre les dangers d’une formulation vague
de l’objectif. En géométrie, pour identifier et
construire des quadrilatères, l’objectif formulé
est « remarquer que les angles sont im-portants… »
que le candidat rattache à la compétence « décrire
une figure en vue de l’identifier dans un lot de figures, ou de
la faire reproduire sans équivoque » (cf. Espace et Géométrie,
pro-grammes). Il ne pense pas à le rapprocher de « comparer
des angles en utilisant un gabarit, en par-ticulier des angles situés
dans une figure (angles intérieurs…) » (cf. Grandeurs
et Mesures : An-gles). En somme, il ne dit pas – ne voit pas ?
– que la compétence identifier des figures, est corré-lée
à une autre : mesurer leurs angles.
2.3. MISE EN ŒUVRE DES SEANCES
Les éléments de cadrage du travail pédagogique
(référence aux programmes, soutien de l’intérêt
des enfants, cohérence didactique) contribuent à la recherche
de la plus grande efficacité. Encore faut-il qu’ils se
traduisent par des activités, des dispositifs, une manière
de conduire la classe qui concrétisent ce souci.
2.3.1. PERTINENCE DES TACHES ET DES CONSIGNES POUR APPRENDRE
Nombre de situations proposées se veulent « fonctionnelles
», autrement dit ancrées dans une réalité
pratique. Pourtant, trop de tâches données relèvent
plutôt de l’exercice formel.
Par exemple, une classe de cycle 3 d’une île
doit se rendre à Tahiti pour participer à une manifestation
sportive. On leur a indiqué, par lettre, la date et le lieu et
on leur demande d’effectuer les réservations pour le transport.
Le travail est inscrit dans une séquence de 3 séances
dont le jury observe la dernière qui se déroule en 4 phases
:
1. prendre connaissance, ensemble, du courrier et déterminer
les dates aller et retour du voyage (lec-ture de la lettre).
2. Positionner l’île et Tahiti et repérer le trajet
à effectuer (lecture d’une carte muette et du manuel de
géographie),
3. Définir les jours et heures d’aller et de retour (détermination
des dates du déplacement PUIS consulter le carnet d’horaires
et rentrer les informations dans un tableau).
4. Mettre en commun les résultats et verbaliser ce qu’on
a appris de nouveau (validation à partir du tableau complété).
La séance est donc très charpentée ; elle inclut
le dire, lire et écrire ; elle est motivée par un vrai
dé-placement ; elle est cadrée par une compétence
« Trouver dans un texte documentaire les réponses à
des questions simples ».
Pourtant, les tâches ont peu de rapport avec le but annoncé
(trouver comment se rendre de l’île à Tahiti). Positionner
des îles et un trajet sur une carte, permet-il de savoir quels
vols prendre (cf. phase 2) ? Peut-on définir les dates avant
de consulter le carnet d’horaires (cf. phases 1 & 3), sa-chant
que les vols conditionnent les déplacements et non l’inverse
? Le tableau à compléter (cf. phases 3 et 4) donne aux
élèves les dates qu’ils doivent trouver ! Il est
accompagné de la consigne « définissez les modalités
de déplacement pour se rendre de l’île à Tahiti…
» ; pourquoi ne pas écrire « Trouver les n° de
vol aller et retour pour participer à la manifestation du…
», l’utilisation du carnet d’horaires permettant de
valider les réponses. Le projet qui devrait mettre les élèves
en si-tuation « pratique », se décline donc en exercices
scolaires détachés de la situation.
Le formalisme des tâches est aussi souvent observable dans les
séances de lecture littéraire : la lecture se réduit
à la délimitation de la structure du texte ou à
un relevé de mots supposés indica-tifs de sa signification.
Ce type d’investigation empêche le lecteur de recevoir le
récit pour ce qu’il est toujours : une suite de mots ayant
le pouvoir d’évoquer des univers possibles et de provoquer
des sentiments, des émotions, des réactions, dont on a
envie de parler ensemble, de manière cons-tructive, grâce
à la guidance (le questionnement) de l’enseignant.
Deux exemples, situés au cycle 2, illustreront
cela.
Une classe, lit La soupe au caillou (version de T. Bonning), dans le
cadre d’une séquence habilement intitulée «
la ruse pour renverser une situation difficile ». Le personnage
principal est un renard qui fait croire à des animaux que l’essentiel
d’une bonne soupe est un caillou tout en obte-nant d’eux
les ingrédients nécessaires. Or, la fiche prévoit,
après avoir fait citer les ingrédients ap-portés
par chaque animal, de faire chercher les mots qui montrent leur empressement
à satisfaire le renard. On obtient alors : « la vache trotta,
l’âne galopa, la chèvre partit à toute allure,
les poules disparurent aussitôt ». Par rapport au titre
de la séquence « la ruse… », on omet par contre
d’établir le lien entre le début où tous
les animaux refusent d’aider le renard et la fin où ils
l’invitent a reve-nir ; rien non plus sur le fait qu’il
va jusqu’à se faire passer pour généreux
en les conviant à manger avec lui…
Dans une autre classe, on présente un très court texte
dont l’humour est fondé sur la chute : un personnage refuse
d’obéir à sa mère qui le force à se
lever pour aller à l’école, jusqu’à
ce qu’on apprenne qu’il est… maître d’école.
Le texte, trop court (130 mots) pour un cours élémentaire,
contraint l’enseignante à faire décortiquer fastidieusement
l’opposition entre une mère et son enfant, hors du contexte
de compréhension que constitue la chute. D’ailleurs, on
dénature le texte en de-mandant aux élèves de l’anticiper
: l’humour tient au contraire à l’enchaînement
inattendu de l’ensemble. Lire le texte en entier permet de mieux
le comprendre et laisse tout loisir de revenir avec les élèves
sur le rapport mère / enfant. Là encore, le formalisme
de l’exercice a contrarié la lec-ture.
2.3.2. LA GUIDANCE
Les candidats oscillent souvent entre les situations où les
élèves sont livrés à eux-mêmes et
celles où ils ne sont qu’exécutants. Une chose est
remarquable et paradoxale : si les plus jeunes sont souvent laissés
seuls (« en autonomie » dit-on à tort), plus on avance
dans le cursus, plus le maître est interventionniste. Au final,
les classes de cycle 3 apparaissent comme celles où les élèves
ont le moins d’initiative. Pourtant ils ont beaucoup plus d’habiletés
générales, un comporte-ment régulé, des
savoirs et des savoir-faire solides. On s’attendrait à
les voir un peu plus en situa-tion d’aborder, seuls ou à
plusieurs, la résolution de problèmes ouverts, de participer
à des discus-sions-débats, d’être en activité
créative. Or ils sont plutôt en situation d’exercice,
de reproduction, de réponse à des questions fermées.
Par exemple, dans un cours moyen, la séance
de mathématiques consiste en une suite de calculs dont le maître
n’exploite jamais les résultats différents du sien
ou obtenus en utilisant une procédure différente. Aucun
élève n’a donc à mettre son travail à
l’épreuve de la discussion ; ils ont seulement à
entériner ce qui est exposé par le maître.
Dans la même classe, en arts visuels, il en sera de même
: l’objectif vise l’utilisation de techniques différentes
pour représenter un paysage. Un modèle est donné,
réduit à un stéréotype (une maison, un arbre,
des montagnes). Il n’y a de place ni pour l’expression personnelle
ni même pour la décou-verte réelle d’une technique.
La séance relève presque du coloriage de silhouettes imposées.
Aussi bien en mathématiques qu’en arts visuels, l’exécution
mécanique de procédures prend le pas sur la recherche,
la discussion des résultats et des moyens, l’appréciation,
etc. Il en résulte aussi une insuf-fisante exploitation des possibilités
des élèves.
Dans un autre cours moyen, l’enseignante a
l’intention de faire participer ses élèves à
un débat sur l’intolérance. Il est donc primordial
qu’une fois le problème posé, ils soient en situation
d’échanger pour argumenter. Peut-être parce que la
présentation du sujet portait à confusion (ceux qui vivent
dans un pays où on se douche plusieurs fois par jour sont-ils
plus propres ou plus gaspil-leurs d’eau que d’autres ?),
le maître a-t-il adopté une attitude trop directive. Les
élèves ont dû ré-pondre à ses questions
de plus en plus pointilleuses, écouter ses très nombreux
rappels, ses com-mentaires ou ses explications, ses demandes de correction
de l’expression… Si bien que le débat a rapidement
tourné au monologue de l’enseignant. Le caractère
contreproductif de la situation était d’autant plus visible
que, lorsque les élèves ont été mis par
groupe pour travailler, le jury a observé que les échanges
gagnaient automatiquement en quantité et en qualité.
2.4. L’ENTRETIEN SUR LES SEANCES PRESENTEES
Comme pour les sessions précédentes, le jury a rappelé
à chacun qu’il n’attend pas le simple récit
de ce qu’il a pu observer. Il s’agit plutôt d’un
retour, un tant soit peu analytique, sur les actes pédagogiques
accomplis : est-on capable de donner une première appréciation
de sa propre presta-tion, c’est-à-dire peut-on estimer,
de manière argumentée, l’écart entre les
intentions (cf. les prépa-rations) et ce qui s’est passé
(réactions des élèves et exploitation de ces réactions,
décisions de ré-gulation, etc.).
Les questions posées par le jury, à partir des préparations
et des observations concrètes, visent à af-finer cette
perception du rapport entre la conception et la réalisation des
séances : pertinence des activités (les tâches comme
moyens d’apprendre plutôt que comme occasions de «
faire ») et des dispositifs (matériel, gestion du temps,
consignes, échanges…) ; capacité à exploiter
le travail des élèves (interventions en cours de production,
synthèses à partir des produits…) ; prise en charge
des difficultés (modulation de la guidance, constitution des
groupes, « pauses cognitives »…)...
A partir de cela, le jury peut s’assurer de la qualité
de la culture professionnelle du candidat : capa-cité à
expliciter les programmes, justifications théoriques des enseignements,
connaissance du fonc-tionnement cognitif et affectif des individus et
d’un groupe en situation d’apprendre….
Deux éléments majeurs donnent à ces entretiens
un caractère superficiel : la difficulté à se dégager
du rappel (récit) parfois très détaillé
de ce qui s’est passé ; la difficulté à passer
du constat (mau-vaise gestion du temps, la mauvaise exploitation des
travaux, choix de la situation, etc.) à l’explication.
En d’autres termes, si des observables sont pointés, on
n’en tire pas forcément de le-çon (explications,
propositions de modification).
3. LES EPREUVES D’ADMISSION
3.1 OBSERVATIONS GENERALES
5 candidats ont obtenu des notes inférieures à 10 /
20 aux deux épreuves (critique de séance et mémoire
/ soutenance) ; 3 ont une note inférieure à 10 / 20 à
l’épreuve de critique et 1 à celle du mémoire.
La moyenne des notes de critique de séance, coefficient 3, est
de 9,64 / 20 (9,5 en 2007).
La moyenne des notes de mémoire, coefficient 2, est de 11,30
/ 20 (11 en 2007).
En critique de séance, 9 notes sur 14 sont inférieures
ou égales à 10.
En mémoire, 7 notes sur 14 sont inférieures ou égales
à 10.
La critique de séance est donc toujours aussi déterminante
pour la réussite, compte tenu de son coefficient et surtout de
sa nature.
3.2 LE MEMOIRE ET LA CRITIQUE DE SEANCE : TRAITS DISTINCTIFS (RAPPEL
2007)
| |
MEMOIRE |
CRITIQUE DE SEANCE |
| Contenus de programmes |
+ |
+ |
| Démarche |
Investigation selon un cadre méthodologique imposé
(cf. dossier d'inscription) |
Observation d'une calsse
Documents de travail de l'enseignant |
| Temps |
Durée "longue" (progression, programmation) |
Brièveté, instantanéité (durée
d'une sénace et d'un entretien) |
| Pratique en jeu |
Rendre compte d'un enseignement supposé répondre
à une problématique |
Conseiller par le biais d'un dialogue formatif, à partir
d'observations |
| Formes et Qualités |
Rédaction normée
Capacité d'exposition
Culture personnelle |
Notes personnelles
Capacité à observer, écouter, guider, convaincre
|
Les différences entre les épreuves permettent de prendre
conscience des difficultés :
- Les deux épreuves supposent une bonne maîtrise
des contenus, cela d’autant plus que les disciplines
sont librement choisies par les candidats.
- Le mémoire impose une démarche d’investigation.
La méthodologie est fournie par le formulaire pour le dépôt
du sujet et se retrouve dans les plans des mémoires. Attention
tou-tefois, il ne s’agit pas d’expérience scientifique
(« d’expérimentation » comment disent sou-vent,
à tort, les candidats). Au contraire, la critique de
séance nécessite d’adapter l’entrée
en matière en fonction d’éléments
observables, variables selon les circonstances (réactions et
productions d’élèves ; estimation de l’écart
entre la préparation et la réalisation ; perti-nence de
la démarche et / ou de la situation pédagogique, place
de l’enseignant…).
- Le mémoire s’inscrit dans la durée
« contraignante » de la conduite d’une activité
péda-gogique, de la recherche documentaire et de l’écriture.
Le candidat a normalement le temps de lire l’évolution
des élèves et d’adapter en conséquence le
traitement de la problématique. Inversement, la critique
de séance s’inscrit dans l’immédiateté
de l’observation et de l’entretien. Il faut être
vigilant, fixer des éléments fugaces et de natures différentes
et pou-voir les exploiter immédiatement avec l’élève
maître. Dans un cas on peut s’adapter lente-ment, dans l’autre,
l’adaptation de l’observateur doit être très
rapide, sous peine de ne pas saisir l’essentiel.
- Comme les leçons des épreuves d’admissibilité,
le mémoire s’appuie sur ce qui fait l’essence
du métier d’enseignant : la pratique pédagogique
au bénéfice d’un groupe d’enfants. Au contraire,
le conseil de formation, en jeu dans la critique de
séance, est souvent une nouveauté pour le candidat.
Dans le premier cas, on se pose une question (problématique)
; dans l’autre, on pose des questions à quelqu’un.
Avec le mémoire on appro-fondit un sujet ; la critique de séance
sert à balayer les paramètres d’un acte pédagogique
de base.
3.3 LE MEMOIRE ET LA SOUTENANCE
3.3.1. RAPPEL
Le mémoire doit « prendre appui sur l’expérience
professionnelle » qui peut sommairement se cerner comme l’habitude
réfléchie d’enseigner des contenus qu’on maîtrise
à des enfants qui ne les maîtrisent pas.
« Prendre appui », signifie qu’on ne peut se limiter
à l’expérience professionnelle, c’est-à-dire
à l’exposé descriptif d’une activité
pédagogique. Il est plutôt attendu un travail « articulé
sur une problématique nettement repérée ».
Si l’expérience professionnelle n’est qu’un
appui, des indi-cateurs (des observables) permettent de repérer
clairement une difficulté ou l’absence de mise en œuvre
d’un contenu de programme. C’est ainsi seulement que se
dégagent une problématique et des propositions (hypothèses)
pédagogiques de réponse. Autrement dit, les constats empiriques,
les questions intuitives qui en découlent, et les activités
choisies pour tenter d’y répondre, doivent être argumentés,
étayés, structurés, par des données de référence
(lectures, évaluations diagnostiques…). Ainsi, le mémoire
rend compte du passage progressif d’un degré de connaissance
d’une question et d’efficience de son traitement (la fameuse
expérience professionnelle) à un degré supérieur
(le recul par rapport à cette expérience et la capacité
à la réorienter et à l’élargir). C’est
à ces conditions que le mémoire est « une épreuve
d’approfondissement, de recherche personnelle, d’élargissement
de la culture ».
3.3.2 PROFIL DES SUJETS
Les 14 mémoires 2008 se répartissent en
- cinq sujets transversaux : place et rôle de
l’outil informatique dans la production d’écrit,
le traitement de l’orthographe ou la recherche documentaire ;
enseignement des mathématiques en langue paumotu ; audiovisuel
et lecture littérature.
- Trois sujets interdisciplinaires : apprendre à
parler le tahitien par le jeu dramatique ; l’expression corporelle
et l’expression plastique ; la création d’album et
l’apprentissage d’une langue polynésienne.
- Six sujets disciplinaires : langue polynésienne
; lecture ; résolution de problèmes ; poésie ;
production d’écrit ; numération décimale
en maternelle.
On remarque, cette année encore, que des champs entiers –
les mêmes qu’en 2007 – sont délaissés
: rien en histoire et géographie ou en espace et temps ; ni en
éducation physique et sportive ; ni en sciences et technologie
; ni en éducation musicale ou en arts visuels ; ni en éducation
civique.
3.3.3 REDACTION
Trop de mémoires sont rédigés dans l’urgence.
De même que l’on ne peut « improviser » le choix
de son sujet lors de l’inscription, il est prudent d’en
commencer le traitement (y compris la rédaction et des relecture)
le plus tôt possible.
Sur 14 mémoires rendus, 10 comportent de 11 à 51 fautes
pour 25 pages rédigées. Ce sont rarement de fautes de
frappe, mais plutôt des erreurs graves d’orthographe grammaticale,
de syntaxe, d’utilisation des temps et modes verbaux et des pronoms,
ou d’incorrections lexicales.
3.3.4 REFERENCES DOCUMENTAIRES
Les bibliographies / sitographies comportent en moyenne 13 références
(entre 0 et 22). 6 mémoires proposent des sites internet. Une
seule bibliographie est commentée. Une seule bibliogra-phie présente
des références correctement libellées : en général,
il manque la date et / ou l’éditeur. Rappelons donc qu’il
faut donner, au moins, l’auteur, le titre (le titre de l’article
et celui de l’ouvrage d’où il est issu éventuellement),
l’éditeur, l’année.
Les programmes sont toujours cités. Quelques références
théoriques sont données (pas plus de deux en moyenne)
; en général, les ouvrages cités sont d’ordre
pratique.
3.3.5 ASPECTS QUALITATIFS
L’accent sera mis uniquement sur les cas extrêmes de mémoires
présentés.
3.3.5.1. Premier type : la démarche d’investigation
– association d’une problématique, d’un ca-drage
théorique et d’activités pédagogiques conduites
et analysées – est pertinente et solidement structurée
; la qualité de l’exploitation des travaux pédagogiques
est un élément authentifiant.
Trois exemples l’illustreront :
Le premier exemple concerne un travail, mené
en cycle 3, sur l’intérêt d’aborder de conserve
une œuvre littéraire et sa transposition cinématographique.
Le mémoire expose adroi-tement les rapports entre littérature
et cinéma et les liens particuliers entre l’école
et le cinéma. A partir de là, la problématique
de l’utilisation des adaptations cinématographiques pour
la compréhension et l’incitation à lire coule de
source. Le travail sur un ensemble varié d’œuvres
permet de montrer, quel que soit le genre littéraire, que sa
mise en image accroît l’attrait des élèves
pour la lecture littéraire, lorsqu’il y a un partage des
lectures, accompagné par l’enseignant. On y lit en particulier
comment la comparaison des versions est à la fois généra-trice
de compréhension fine et de progrès des élèves
dans leur capacité à argumenter.
Le second exemple, toujours en cycle 3, concerne
l’utilisation de l’ordinateur pour amélio-rer la
production d’écrit. Le cadre présente les processus
mentaux en jeu dans l’écriture et le rôle d’une
pédagogie de projet au regard d’une activité «
ingrate ». Partant du constat que les enfants considèrent
le premier jet comme définitif, l’enseignant crée
un contexte où l’ordinateur devient une sorte d’objet
transitionnel (« auxiliaire psychologique » dit-il) entre
l’élève et sa production. Il sou-tient la motivation,
diminue l’appréhension du premier jet, facilite les opérations
de révision…). Des séances retranscrites et finement
commentées concrétisent bien l’intégration
progressive, par les élèves, de la nécessaire «
révision-amélioration » des écrits. Surtout,
le maître met évidence sa recherche constante d’équilibre
entre les élèves et leur tâche, l’outil informatique,
et sa propre place de médiateur.
Le dernier exemple se situe au cours préparatoire.
Le sujet traité porte sur la résolution de problèmes
comme outil ayant des conséquences positives au-delà des
apprentissages mathémati-ques. Le cadre cognitif et le statut
des problèmes dans l’enseignement sont présentés
; la qualité de l’environnement didactique et pédagogique
(variété, progressivité) est donnée comme
un levier dé-cisif. Les tâches proposées jouent
sur des paramètres faisant évoluer l’activité
de résolution (type de questions, matériel auxiliaire,
oral / écrit, résolution ou production de problèmes,
travail individuel ou non…). Là encore, le mémoire
insiste sur la médiation de l’enseignant. A ce propos,
les dialo-gues pédagogiques analysés, outre l’authenticité
du travail, attestent du rôle décisif que jouent la qualité
de la reformulation et du questionnement du maître. On montre
bien comment ces interven-tions d’étayage, incitant les
élèves à verbaliser leurs raisonnements, font évoluer
leurs acquis en ma-thématiques mais aussi en langage.
3.3.5.2. Second type : à l’opposé du premier,
le traitement du problème reste superficiel, non pertinent.
Deux exemples caractéristiques :
Le premier concerne l’activité de production
d’écrit en cours élémentaire première
année. Un cadre de référence correct est dressé
(complexité du processus de production d’écrit ;
place particulière de la production d’écrit dans
l’acquisition de la maîtrise de la langue). La notion de
« déséquilibre informationnel » entre producteur
et récepteur est présentée comme une explica-tion
de beaucoup des difficultés rencontrées. On prévoit
donc des situations intégrant des desti-nataires « réels
» pour les écrits produits. Malheureusement, l’accompagnement
pédagogique des enfants qui consiste essentiellement à
les renvoyer à des « outils », n’est pas pertinent.
A ce niveau de la scolarité, le recours aux ouvrages lus, aux
histoires entendues, aux répertoires de mots, aux affichages
divers ou à une typologie de textes ne sauraient se substituer
à la médiation du maître. Ainsi, la procédure
de dictée à l’adulte, moyen essentiel pour produire
consciem-ment, de façon raisonnée et accompagnée,
n’est pratiquement pas mise en avant. L’absence d’échantillons
analysés d’échanges entre maître et élèves
ne permet pas d’avoir une idée de la démarche suivie.
En effet, le travail sur le « déséquilibre informationnel
» devrait mettre en évi-dence la nature et la qualité
des interventions de l’enseignant pour aider à le surmonter
: com-ment fait-on prendre conscience de l’importance de l’absence
de l’interlocuteur ? Comment parvient-on à faire intégrer
progressivement cela dans les écrits ? Quelles acquisitions linguisti-ques
(énonciatives en particulier) cela nécessite-t-il ?
Le second exemple traite de l’observation réfléchie
de la langue et de l’utilisation d’un cor-recteur orthographique
(cours élémentaire 2ème année). Le cadre
dressé est trop large. Ainsi, le diagnostic de carence orthographique
se limite à une statistique générale ; les causes
énumérées sont nombreuses (10) mais non hiérarchisées
; l’outil didactique dit de « négociation graphi-que
» n’est pas réellement mis à l’épreuve
; le problème des limites des correcteurs automati-ques (mauvais
signalement des fautes, propositions de graphies court-circuitant la
réflexion or-thographique, assimilation de la faute de frappe
à une erreur orthographique…) n’est pas posé.
L’absence de ciblage ne permet donc pas de traiter bon nombre
d’aspects pourtant directement liés au sujet : quel(s)
problème(s) orthographique(s) traiter ? quelle place peut prendre
la démar-che de « négociation graphique »
(l’observation réfléchie) lorsqu’on utilise
un correcteur ? quel rôle le maître joue-t-il ? etc. Le
sujet est donc à peine effleuré.
3.3.5.3. La question de la crédibilité de l’évaluation
des élèves
La plupart des mémoires comportent une évaluation diagnostic
et une ou deux évaluations bilans. Il arrive pourtant qu’il
n’y en ait qu’une seule (le diagnostic ou le bilan). Parfois,
les items du diagnostic ne correspondent pas à ceux du bilan
ou bien ils ont été empruntés à des protocoles
ayant peu de rapport avec le sujet traité.
Tous les mémoires se concluent sur l’amélioration
des performances des élèves sans arriver à montrer
que cela serait plus dû au dispositif spécialement mis
en place qu’à la simple applica-tion des programmes.
En réalité, les signes forts de l’efficacité
du travail entrepris, souvent liés aux changements d’attitudes
plutôt qu’aux performances, sont considérés
comme anecdotiques par les candidats. Ainsi, un enseignant produit une
série de diagrammes pour montrer que la compréhension
est meilleure selon qu’on lise une œuvre littéraire
ou qu’on la lise ET qu’on en voie l’adaptation ci-nématographique
: il est évident que deux entrées dans l’œuvre
valent mieux qu’une ! Par contre il considère comme un
détail que ses élèves lui « empruntent »
massivement et régulièrement les livres qu’il laisse
dans la classe en prévision de lectures futures.
Telle candidate, questionnée à propos de l’évaluation
de son travail en poésie, reste peu convaincante. Pourtant, au
détour de l’entretien, elle révèle que beaucoup
d’enfants lui écrivent des poèmes ou empruntent
spontanément des recueils de poésie, alors que le travail
en ce do-maine a été réduit.
Une candidate qui tente de « mesurer » à coup d’items
standardisés, les progrès de ses élèves
en langue polynésienne, ne met pas assez l’accent sur le
fait qu’ils s’adressent spontanément à elle
en tahitien dans des situations où ils utilisent habituellement
le français.
La fiabilité de l’évaluation n’est pas forcément
dans les tableaux qui ne recueillent que des réponses standardisées,
peu représentatives des comportements et attitudes complexes
que les maîtres ont réussi à mettre en place et
à développer.
3.3.6 LA SOUTENANCE
La soutenance consiste à présenter le mémoire
au jury et à répondre aux questions de ses membres. Elle
met le candidat en situation de montrer qu’il a pris du recul
par rapport à une expérience professionnelle dans laquelle
il s’était immergé de manière durable et
profonde. Or, elle reste souvent l’exact reflet du mémoire.
Cela est dû très probablement à ce que la période
de plusieurs semaines entre la remise du mémoire et le jour de
la soutenance n’est pas assez mise à profit pour prolonger
le travail avec la classe. Le recul du candidat par rapport à
son mémoire ne peut résider dans la simple relecture différée
de ce qu’il a écrit plusieurs semaines avant l’épreuve.
Cela aboutit fréquemment à une présentation et
à des réponses trop littérales (reformulation de
ce qui est dans le mémoire). Au contraire, la pour-suite du travail
avec les élèves modifie automatiquement la perception
que les candidats avaient de leur travail au moment de sa consignation
par écrit. En somme, en le remettant à l’épreuve
des élèves, ils le réévaluent, ils en voient
mieux l’intérêt, les limites, les prolon-gements
possibles.
3.4 LA CRITIQUE DE SEANCE
Les éléments ci-après reprennent les
conseils généraux, toujours d’actualité,
donnés dans le rapport de la session 2007, hormis pour la partie
concernant la maîtrise des contenus par les candidats.
3.4.2 RAPPEL GENERAUX
La circulaire de présentation de l’examen du CAFIPEMF
est peu explicite sur cette épreuve. On y préconise «
la conduite d’un échange professionnel », d’un
« dialogue de professionnels » plutôt que «
l’exposé en forme ». On y répète qu’il
faut « aider [l’enseignant en formation] à analyser
sa prestation, dans « une approche formative ».
Les productions des élèves
Elles sont un levier primordial pour la prise de conscience par l’élève
maître de ses propres carences ou de ses qualités. La consultation
ensemble (formateur / stagiaire) de traces écrites indi-viduelles
ou collectives (tableau) ou de réponses orales soigneusement
recueillies par l’observateur, met l’élève
maître en position d’analyse active :
- il travaille réellement sur le statut de l’erreur ;
- il exploite les démarches concrètes et les « stratégies
» d’enfants dans leurs réponses aux questions ;
- il peut les rapporter au choix de ses dispositifs, de son matériel
ou de ses interventions,
- il mesure l’écart entre ses intentions pédagogiques,
traduites par sa préparation, et la réalité des
réponses.
Il est dommage que ces productions soient, souvent utilisées
de manière anecdotique.
Ce que dit ou fait l’élève maître
Toujours rapporté à ses intentions affichées dans
les documents préparatoires, c’est aussi un champ essentiel
de discussion formative.
- A-t-il établi un lien clair avec la leçon précédente
pour situer ses élèves ou pour rétablir
le sens du travail, alors qu’il intervient ponctuellement dans
la classe ? Interroge-t- il sur la le-çon ou propose-t-il un
court exercice, fait-il relire le cahier ou le manuel… ?
- la formulation et la transmission des consignes sont
déterminantes. Les consignes sont des directives pour agir. Parfois,
elles sont trop longues, à tiroirs, non reformulées ou
essayées par les élèves. Il faut pouvoir faire
prendre conscience du fait qu’elles peuvent être un obstacle
à la mise au travail et aider à leur reformulation.
- La manière de questionner les élèves
et l’exploitation des réponses sont aussi détermi-nantes.
Le très général « qu’en pensez-vous
? », lancé à la cantonade après la lecture
d’un texte (ou l’observation d’un tableau de maître,
d’un document historique, etc.) ou au contraire, la question-problème
bien ciblée (« pourquoi… » / « comment…
»), sont pour une grande part dans l’échec ou la
réussite de la séance. De même, l’ajout d’une
question à une question restée sans réponse, jusqu’à
ce que… la dernière question contienne la réponse,
doit aussi conduire à faire raisonner l’élève
maître.
- La façon de mettre au travail ou le choix d’arrêter
sont révélateurs : les groupes, le maté-riel, les
lieux et les déplacements, permettent-ils de commencer rapidement
ou seul ? Pour-quoi interrompt-on un travail en cours ? Un cas emblématique
est celui de la découverte d’un texte par la lecture silencieuse
(objectif de fin de cycle 3, observé souvent dès le cycle
2) que le maître interrompt alors que beaucoup d’élèves
n’ont pas lu la moitié du support.
- Le type de tâche est-il pertinent ? Nombre
de manipulations inutiles dénaturent parfois le sens du travail.
Ainsi, les longs découpages d’étiquettes, préalables
au collage des réponses, ou les coloriages fastidieux, en monopolisant
l’attention, la détournent du même coup de son objet
premier : le calcul, la lecture, l’observation ciblée...
- La régulation des communications. Il faut
observer si le maître parle trop, si les enfants ne s’écoutent
pas entre eux. L’enseignant fait-il des « pauses cognitives
» (des rappels, des re-formulations, des conclusions partielles)
ou déroule-t-il inexorablement le scénario de «
sa » séance pour atteindre « son » objectif
au moyen de longs discours préparatoires ou d’interventions
intempestives ? Quel est l’usage du tableau : simple lieu d’affichage
de do-cuments préparés ou de travaux d’élèves
? Lieu de notation de l’avancée des propositions et du
raisonnement ? Cahier d’essai collectif ? etc.
D’autres paramètres pourraient être mis en observation.
En aucun cas nous ne conseillerions d’avoir une grille préétablie,
sensée faire gagner du temps mais ingérable parce qu’elle
induit chez l’utilisateur le découpage à priori
d’un réel très imprévisible et très
fugace. En réalité, c’est l’équilibre
enseignement / apprentissage, c’est-à-dire la forme et
le degré de directivité pédagogique à la
base de toute séance effectuée – surtout avec des
enfants – qui est au départ (temps de l’observation)
et à l’arrivée (temps de l’entretien) déterminant.
Il passe parfois, dans telle classe, d’abord par une critique
des tâches puis par la qualité ou la quantité des
questions posées aux en-fants. Ailleurs, à un autre moment,
c’est du traitement des productions qu’il faudrait partir,
etc. En somme, la réalité est par essence toujours la
même, mais sa lecture varie selon les circonstances.
3.4.2. LA MAITRISE DES CONTENUS
La discipline pour la critique de séance ou l’animation
relève du choix du candidat. En conséquence, il lui incombe
d’en maîtriser les contenus (notions, savoir-faire, démarches)
voire les rapports évidents entre domaines (transversalité,
interdisciplinarité).
Ne pas maîtriser les contenus conduit inévitablement à
travailler de manière très générale (les
communications, les dispositifs, le matériel, le temps…)
ou sur des détails sans importance. Ainsi, un candidat ne voit
pas tout le bénéfice que l’élève maître
aurait pu tirer de sa propre com-préhension d’un document
iconique en histoire – l’arrivée du Duff en Polynésie
– pour interroger efficacement ses élèves sur la
rencontre entre les Polynésiens et les Anglais (constat visuel
de la su-périorité technique du vaisseau anglais sur les
pirogues et induction des conséquences possibles). Il ne voit
pas non plus que le mot « missionnaire » n’est jamais
expliqué ; la conversion des Tahitiens semble coïncider
avec l’arrivée des missionnaires alors que les documents
distribués montrent qu’il se passe plus de dix ans entre
les premiers contacts et la conversion, etc.
La maîtrise des contenus s’exprime aussi par la capacité
à expliciter les programmes si né-cessaire, mais aussi
à pouvoir conseiller tel document d’accompagnement, tel
manuel ou guide pé-dagogique, telle lecture théorique
de remise à niveau. Il faut donc avoir des références
à sa disposi-tion et pouvoir les commenter.
Toutefois, la bonne maîtrise des contenus (la culture) ne suffit
pas pour assurer la pertinence d’une critique de séance.
Ainsi, tel candidat, visiblement féru d’histoire, apporte-t-il
beaucoup de matière à l’élève-maître,
ce qui était certes nécessaire. Mais, cela le conduit
à oublier de le faire tra-vailler sur la manière de les
utiliser, alors qu’il a montré, de nombreuses lacunes méthodologiques.
.
CONCLUSION
Le taux de réussite est supérieur à ceux des
années précédentes.
L’épreuve d’admissibilité (coefficient 3
et seuil règlementaire15/20), reste difficile. Nombre de candidats,
bons praticiens, ne sont pas assez performants dans la seconde partie
de l’épreuve, primordiale pour un futur formateur, qui
consiste à pouvoir tenir un discours analytique et évaluatif
sur ce que l’on fait soi-même.
En épreuves d’admission, les résultats sont légèrement
meilleurs pour les mémoires, de mieux en mieux documentés
et témoignant d’un travail approfondi avec la classe. La
critique de séance, épreuve décisive pour devenir
formateur ou conseiller pédagogique, est moins réussi.