1. PRESENTATION GENERALE
TEXTES DE REFERENCE
- Arrêté du 29 octobre 2001, portant organisation du certificat
d’aptitude aux fonctions d’instituteur ou de professeur
des écoles maître formateur (cf. BOEN n°45 du 06 décembre
2001)
- Circulaire n°2002-125 du 05 juin 2002, certificat d’aptitude
aux fonctions d’instituteur ou de professeur des écoles
maître formateur (cf. BOEN n°24 du 13 juin 2002)
1.1. COMPOSITION DU JURY
55 personnes ont participé au jury de l’épreuve
: 12 Inspecteurs de l’Education nationale, 12 professeurs, 31
maîtres formateurs.
1.2. CALENDRIER DE L’EPREUVE
Les épreuves d’admissibilité se sont déroulées
du mercredi 25 octobre au vendredi 1er décembre 2006.
1.3. ORIGINE GEOGRAPHIQUE DES CANDIDATS

La tendance observée depuis quelques années, d’une
émergence de candidats hors de Tahiti et Mo’orea est confirmée
en 2007.
1.4. RESULTATS GLOBAUX
- Sur les 32 candidats ayant subi les épreuves d’admissibilité,
14 s’étaient présentés à une session
antérieure (dont 11 en 2006) ; 8 d’entre eux sont admissibles
(57%). 19 se présentaient pour la première fois, 9 sont
admissibles (47%).
- Contrairement à 2006, on remarque une plus grande dispersion
des candidats : il y a pas de candidatures de « proximité
» (dans une même école…).
Les deux éléments sont la marque d’un engagement
fort et d’une décision plus personnelle, et d’une
expérience acquise, susceptibles d’avoir eu un impact sur
la réussite.
Il est probable aussi que les indications du rapport de jury pour 2006
et formation ouverte pour la session 2007 ont permis aux candidats de
s’informer et de se préparer de manière plus structurée
et moins isolée.
L’ensemble des éléments précédents
explique sans doute le meilleur taux de d’admissibilité
et d’admission en 2007.
1.5. REPARTITION PAR SPECIALITE
1.6. REPARTITION PAR NIVEAU ET PAR DISCIPLINES (ADMISSIBILITE
UNIQUEMENT)
Les candidats sont nettement plus nombreux en cycle 1 (19) et en cycle
2 CP-CE1-Adaptation (26) qu’en cycle 3 (13).
65 leçons ont été observées (1 personne,
inscrites en CAFIPEMF spécialisé n’ayant que la
leçon dans la spécialité à effectuer). En
première leçon – français ou mathématiques
obligatoires – le français continue à prévaloir
(26 leçons). En seconde leçon, le choix prépondérant
des langues polynésiennes (13) par rapport aux autres disciplines
ou domaines d’activité (en moyenne 3 leçons), s’explique
cette année par la candidature de 9 enseignants en formation
spécialisée. La technologie se limite à l’informatique
et au multimédia.
Plus précisément, en français, la lecture continue
à être préférée (20) aux autres domaines
(oral 4, production d’écrit 2, étude de la langue
0). En mathématiques, la résolution de problèmes
numériques est majoritaire. En langues polynésiennes,
l’oral est privilégié.
2. L’EPREUVE D’ADMISSIBILITE
La diversité et le nombre des leçons observées
leur confèrent une relative valeur de représentation des
pratiques, dans le contexte particulier, toutefois, d’un examen.
La quasi-totalité des candidats se réclament explicitement
des programmes. Beaucoup font référence aux programmes
nationaux 2002, adaptés pour la Polynésie en 2006, mis
en consultation. Même s’ils ne sont pas encore officiellement
adoptés, ils ont été distribués aux écoles
en 2003 et sont un outil pédagogique largement utilisé
depuis lors.
En général, c’est le libellé des compétences
qui est repris des référentiels desdits programmes dans
les préparations. Les autres emprunts, sans être toujours
illustratifs d’une analyse ou d’un positionnement pédagogique,
apparaissent surtout dans les mémoires.
Les références théoriques explicites, attestant
d’une culture professionnelle solide, sur le développement
de l’enfant (données psychologiques), sur les démarches
d’enseignement / et les processus d’apprentissage (théories
cognitivistes, etc.) ou sur les domaines de connaissance en jeu, sont
aussi beaucoup plus explicites dans les mémoires.
2.1 CONCEPTION ET PREPARATION DES SEANCES
Chaque candidat a mis à la disposition du jury des documents
préparatoires illustrant sa conception de l’enseignement
et de l’apprentissage. Un candidat sur deux ne présente
que les fiches détaillées pour les séances montrées.
Les autres procurent des documents permettant de resituer les leçons
dans une perspective plus large (une séquence didactique, au
sens d’ensemble organisé de séances visant l’acquisition
d’une compétence).
2.1.1 LE CADRAGE GENERAL
Il revêt essentiellement deux aspects reconnus « donner
du sens » aux apprentissages :
- Centré sur la cohérence didactique : elle vient de l’interdisciplinarité
– lien entre la lecture (littérature de jeunesse) et les
arts visuels ou d’éducation civique ; articulation de l’écoute
musicale et de la production d’écrit (verbaliser ses impressions
d’écoute) – ou de la transdisciplinarité,
en établissant le lien entre une discipline et la langue comme
instrument de travail par exemple (dire, lire et écrire en mathématiques)
ou entre différents aspects du langage (oral et écrit,
lecture et production).
- Centré sur la finalité (pédagogie de projet)
: ici on fait écrire pour inviter à une exposition, là
pour informer scientifiquement (journal). Il peut s’agir aussi
de réguler une activité à distance (correspondance
scolaire à propos de règles de jeux) ou d’inscrire
l’apprentissage dans la préparation d’un spectacle
(chorale, numéro dansé…).
- Une mention particulière : les séances de / en langues
polynésiennes : les candidats à la spécialisation
gagneraient à opter pour des séances « de langue
enseignée » plutôt que pour des séances «
de langue d’enseignement ». En effet, le jury a remarqué
leur tendance à se focaliser sur la discipline support (le moyen),
au détriment des objectifs linguistiques.
2.1.2 LA PERSPECTIVE SEQUENTIELLE
Certaines séquences sont sans titre ou ne donnent que des numéros
de séance. Soumises à la lecture des examinateurs, elles
gagneraient à être plus explicites. D’une manière
générale, le jury a rarement à sa disposition une
présentation équilibrée, détaillant par
séance les objectifs (notions et / ou savoir faire précis
à acquérir), les moyens (démarches et activités
pour l’élève), les références culturelles
ou scientifiques sur lesquelles s’appuyer.
Les objectifs sont souvent formulés de manière très
mentalistes. A ce titre, « comprendre… » reste la
formule rituelle le plus employée. On trouve aussi, exemples
parmi tant d’autres, « manifester de l’aisance corporelle
» ou « développer des stratégies de lecture
» qui restent des formules évasives. De même, les
expressions synonymes comme « découvrir que … »,
« se rendre compte que… », « prendre conscience
que… » ne sont pas plus opérationnelles, au sens
où l’entendent les théories des objectifs d’apprentissage
auxquelles le lecteur est implicitement renvoyé.
Le nombre de séances est un indicateur de la pertinence des choix
effectués lors de la conception. Les séquences présentées
comportent 6 séances en moyenne mais leur nombre pourrait être
souvent réduit de moitié, tout particulièrement
en lecture. En effet, la plupart du temps, le support est un album dont
le texte est court et accompagné d’illustrations facilitant
la saisie du sens global. Dans ce cas, la compétence très
générale « comprendre les informations explicites
d’un texte littéraire adapté à l’âge
et à la culture de l’enfant », ne nécessite
pas de disséquer les œuvres et par là même
de diluer l’intérêt des enfants sur 6 à 8
séances.
L’ordre des séances est révélateur de la
pertinence de la progression et / ou de la diversification de l’activité
de l’élève, nécessaires pour atteindre les
objectifs. Par exemple, dans un cours élémentaire 1ère
année, on propose d’écrire de manière autonome
pendant deux séances, puis de copier sans erreur lors de la troisième,
avant de revenir à la production. En lecture, au cours moyen,
une très intéressante séquence se fonde sur la
comparaison de deux albums pour comprendre. On regrette que la comparaison
n’entre en jeu qu’à l’avant-dernière
séance. Ailleurs, quatre séances de lecture d’un
album court, font passer le lecteur successivement des désignatifs
du personnage à sa capacité d’intégration
dans un groupe, au rôle positif du handicap et enfin à
la reconnaissance identitaire. Le jeune lecteur perçoit ainsi
une suite d’éléments disjoints, et non un faisceau
constitutif du sens général. Dans tel cours préparatoire,
on passe directement de l’observation de la classe à sa
représentation par un plan, sans avoir transité par l’élaboration
d’une maquette, etc.
La fréquence d’une activité permet aussi d’avoir
un avis sur la pertinence de la séquence et de la séance.
De moins en moins de candidats dispersent les activités au fil
des semaines : elles sont plus efficaces en termes cognitifs, elles
ont plus de sens, l’élève les garde mieux en mémoire,
elles lassent moins. Ainsi, les activités « thématiques
» comme les lectures d’album ou de romans, ou en sciences
et technologie, sont-elles regroupées sur une ou deux semaines.
Lorsqu’il s’agit d’apprentissages instrumentaux de
base (sur les réalités sonores du langage en maternelle,
sur les notions et savoir faire mathématiques, etc.) les fréquences
sont journalières et incluses dans une progression plus longue.
2.2 MISE EN ŒUVRE DES SEANCES
Mettre les élèves dans des situations supposées
avoir du sens pour eux, est réputé rendre les apprentissages
plus efficaces. Pour travailler les propriétés des liquides,
en sciences expérimentales, on a vu réaliser une «
tour de liquides » (une superposition). En maternelle, pour prendre
conscience des réalités sonores du langage, on a utilisé
un jeu de l’Oie ou bien on a fait jouer à la marchande
pour travailler sur les quantités. Un jeu de cartes spécifique
rend ludique l’utilisation des locatifs spatiaux en langue polynésienne,
etc. Pour autant, ce type de situation n’est pas toujours la meilleure
manière d’aller au but.
2.2.1 QUALITE DE L’ACTIVITE D’APPRENTISSAGE
DE L’ELEVE
Maintes activités, perçues comme concrètes parce
que ludiques ou portées par un matériel important, n’en
sont pas moins abstraites, sans signification réelle pour les
élèves. Les aspects circonstanciels de la tâche
: le jeu, la fabrication, la manipulation proposés prennent le
pas sur l’objectif d’apprentissage affiché.
Un premier exemple en cours moyen. Une séance de lecture, riche
en contenu, est perturbée par une tâche : le trajet de
deux personnages (l’ours Oregon – de l’album éponyme
de Rascal – et son compagnon la clown), de l’Est à
l’Ouest des Etats-Unis, est à reporter sur une carte, en
fonction de repères pris dans le texte. L’histoire est
concrète (déjà lue, et très intelligemment
rappelée par les élèves en début de séance)
et la carte géographique est utilisée au cycle 3. Pourtant,
les élèves peinent à lire et à noter des
repères au fur et à mesure sur la carte (d’abord
ils ont relu l’album et, après coup seulement, beaucoup
ont cherché, de mémoire, des repères sur la carte).
Par ailleurs, il est patent que les élèves ont des difficultés
à se repérer sur la carte des Etats-Unis qu’ils
découvrent. Mais surtout, si la tâche leur permet de savoir
qu’un trajet dans une fiction peut correspondre à un trajet
réel, elle les éloigne de l’objectif qui est de
comprendre que le voyage est ici un prétexte pour se découvrir
soi-même et pas un pays. La tâche éloigne donc le
lecteur d’indices autrement essentiels : les rencontres avec des
personnages secondaires, le retour progressif à la nature, l’amitié
de plus en plus forte entre les deux compagnons, qui ne se voient pas
sur une carte de géographie.
Autre exemple, en cours élémentaire 1ère année.
Les élèves répondent par courrier à des
camarades à propos d’une règle de jeu. La lettre
doit dire quels ont été les problèmes et les solutions
trouvées (après une séance d’utilisation
en éducation physique) pour une meilleure application. La consigne
est d’écrire « librement » et individuellement
la réponse. Orientés ainsi, les élèves se
polarisent sur les seuls éléments rituels (date et lieu,
désignation des récepteurs) ce qui prend 10 à 15
mn à la plupart d’entre eux. Les plus rapides font alors
une narration personnelle de ce qu’ils ont vécu lors de
la séance d’utilisation de la règle. Les essais
montrent que la situation (le rapport entre le but et le type d’écrit
nécessaire) est incomprise, hormis pour deux ou trois. Ni le
prétexte d’une activité vécue (un jeu collectif
) ni les séances sur la correspondance qui ont précédé
ne suffisent pour élaborer un message adéquat. Les élèves
en restent aux rituels de la correspondance écrite ou à
la narration d’un événement vécu alors que
l’essentiel ici consiste à dire à quelqu’un
comment faire quelque chose (transmettre une prescription claire).
Dans un cours élémentaire 2ème année. Il
faut réaliser l’installation électrique d’un
jeu (désigner les océans et les continents sur un planisphère)
avec allumage d’une lampe en cas de bonne réponse. On attend
le réinvestissement des acquis des séances précédentes
sur les circuits électriques simples. Tout est matériel
(un planisphère, des matériaux pour créer les circuits,
un modèle qui fonctionne) mais peu concret. Aucun enfant n’établit
un lien entre le recto (le fil électrique déplaçable
sur la liste des noms et les points du planisphère) et le verso
(les fils électriques reliant ces mêmes éléments
deux à deux). En réalité, deux problèmes
interfèrent ici : habitués à travailler sur un
seul circuit à la fois, généralement posé
à plat et très stéréotypé, les élèves
ne peuvent concevoir l’enchevêtrement de fils, côté
verso, comme une pluralité de demi circuits, pouvant être
fermés par un seul fil côté recto. Par ailleurs,
les connaissances très incertaines en géographie nécessitent
d’abord de trouver soi-même les points (noms et lieux) à
relier entre eux, ce qui est fastidieux. Le foisonnement matériel
et des connaissances présentées sous la forme d’énigmes,
conduisent l’élève à ne pas savoir sur quoi
se concentrer : l’activité de technologique et scientifique
ou la géographie ? L’investigation raisonnée est
remplacée par un bricolage anarchique qui n’aboutit pas.
Dans les situations analysées, l’erreur perd son statut
positif d’obstacle à surmonter pour apprendre quelque chose.
En ouvrant sur une pluralité simultanée de problèmes
de nature et de niveau différents, elle désoriente les
élèves et n’est plus un point d’appui pour
le maître qui doit prendre alors à sa charge toute la direction
de l’apprentissage.
2.2.2 EQUILIBRE DE LA DIRECTIVITE
Au bon sens du terme, un enseignant est toujours directif. C’est
une condition pour que des enfants apprennent. Entre la volonté
de laisser l’élève tâtonner de manière
autonome et le désir de le voir réussir absolument la
tâche donnée, les candidats formateurs ont quelque difficulté
à éviter deux écueils : les laisser livrés
à eux-mêmes ou se substituer à eux. Le fameux étayage
qui consiste à savoir jusqu’où aller dans les interventions
auprès des enfants, est un paramètre central de l’efficacité
des séances effectuées.
Les exemples ci-après illustrent le trop ou le trop peu de directivité
et leur conséquence sur l’efficacité des séances.
Dans un cours élémentaire, en EPS, l’activité
physique est très réduite (moins de 10 mn sur 50) à
cause de l’omniprésence de l’enseignant. Préoccupé
par le fait d’alimenter une séance de production d’écrit,
il stoppe longuement les joueurs entre de trop courtes phases d’action,
attendant d’eux qu’ils modifient aussitôt leur jeu.
Pour de jeunes enfants, il en résulte une tension trop forte
entre l’implication spontanée dans le jeu et la régulation
incessante (en théorie lors des regroupements et en pratique
lors des phases de jeu). Or, sans stopper les joueurs, mais en étant
membre épisodique de chaque équipe, le maître peut
introduire une modification ou mettre en évidence une manière
d’agir qui sera plus facilement prise en compte par les élèves.
Au contraire, dans le cas observé, ils ne sont pas très
attentifs à ses demandes, ce qui en retour le rend plus directif.
A l’inverse, en moyenne section de maternelle, à partir
de consignes très larges, on espère « repérer
» chez certains des mouvements expressifs et « inciter »,
« encourager » les autres à les imiter. Il en résulte
des gestes peu marqués, stéréotypés et un
déplacement instinctif circulaire du groupe. Sans doute l’adulte
a-t-il à ce moment une fausse représentation de la créativité
des enfants. Elle le conduit à penser que des consignes ouvertes
et de simples incitations permettront d’intégrer les mouvements
pour une chorégraphie future. On regrette que l’enseignante
ne soit pas plus directive, par exemple en s’incluant par moments
dans les évolutions pour promouvoir elle-même tel ou tel
geste, ou en intervenant physiquement auprès de tel ou tel élève
pour donner plus d’amplitude à un mouvement, pour imiter
un type de déplacement, etc.
En cours moyen, dans une séance de résolution de problèmes
numériques classiques, l’enseignant s’évertue
à faire faire l’exégèse des énoncés
verbaux. Cette phase apparaît rapidement comme une manière
d’orienter les élèves vers les solutions (analyse
et procédures) à priori, sans en être totalement
conscient. Dans la même séance (comme dans beaucoup d’autres
observées), le minutage étroit de l’activité
des élèves relève aussi d’une directivité
intempestive qui les empêche de mener à bien leur tâche.
De la sorte, le candidat garde la direction absolue des opérations
de validation qui suivent, sans avoir à gérer les réponses
trop divergentes ou les erreurs produites.
A l’opposé, dans un cours préparatoire, en sciences
du vivant, des groupes de deux élèves sont laissés
seuls (environ 30 mn) pour classer des aliments dans un tableau, en
fonction de ce qu’ils apportent à l’organisme. Pour
cela, ils doivent se référer aux notions vues lors de
la séance précédente – sans qu’on s’assure
de la réalité des acquis – déterminant quatre
classes : les aliments énergétiques (subdivisés
en trois sous-classes), protecteurs, de croissance (deux sous-classes)
et l’eau. Livrés à eux-mêmes, car il est difficile,
à six ans, « d’identifier les aliments » en
fonction de leur valeur nutritive, les enfants ont collé des
images d’aliments ou de plats (ce qui est tout à fait différent)
au hasard dans les colonnes. Il est donc hors de question qu’ils
puissent, lors du regroupement, ainsi que le prévoit la fiche,
« expliquer, argumenter, justifier » leurs choix.
Les situations de classe qui créent le risque de laisser trop
longtemps un groupe seul, en prétendant à tort qu’il
est autonome alors qu’il est seulement non dirigé, ont
encore été trop souvent rencontrées, en particulier
en école maternelle où les enfants sont moins autonomes.
Ils se trouvent alors réduits à des activités mécaniques
(coloriage, collage, assemblage, feuilletage, etc.) qui s’exercent
sur des objets familiers des enfants mais n’en sont pas moins
dénuées de signification et d’apprentissage. L’ensemble
des séances observées révèle d’ailleurs
que c’est paradoxalement avec les élèves plus autonomes
(en cycle 3) qu’on est le plus directif alors que c’est
avec les moins autonomes (cycle 1 & 2) qu’on l’est le
moins.
En arrière-plan persiste probablement encore la conception d’une
petite enfance libre, créatrice et joueuse, à côté
d’aînés travailleurs qu’on peut déjà
contraindre plus. Or, lorsque les activités sont motivantes,
innovantes, énigmatiques, autres que celles auxquelles on est
habitué ordinairement, les enfants ne vivent pas les contraintes
comme un poids, mais comme des aides (un étayage) bienveillantes
et émancipatrices.
2.3 ANALYSE DE PRATIQUE : L’ENTRETIEN
Le défaut majeur, constaté lors des entretiens consécutifs
aux séances témoins, est leur tournure trop souvent descriptive,
très peu analytique. Il est rituellement rappelé à
chacun qu’il ne s’agit pas de faire le récit de ce
que les observateurs ont lu dans les documents et de ce à quoi
ils ont assisté lors des leçons. Malgré cela, nombre
de candidats tombent dans ce piège. Sans s’en rendre compte,
ils développent longuement un aspect très anecdotique
d’une séance ou au contraire passent sous silence un moment
crucial.
Le jury n’attend pourtant pas du candidat qu’il ait «
à chaud » forcément perçu les éléments
positifs ou non des séances. Les questions posées sont
aussi destinées à le mettre sur la voie. A partir de là,
par contre, il doit pouvoir expliciter les notions et compétences
mis en jeu et justifier de l’utilisation d’activités,
attitudes, dispositifs, démarches, méthodes, techniques,
etc. pour les acquérir.
Ce qui est en jeu, de ce point de vue, n’est donc pas la connaissance
des éléments ci-dessus énumérés.
D’une manière ou d’une autre, l’enseignant
en a au moins la connaissance empirique par leur application. C’est
plutôt la capacité, pour un futur formateur surtout, à
avoir un regard réfléchi par rapport à une utilisation
qui a pu être parfois très performante mais paradoxalement
inappropriée dans la situation observée.
Analyser une pratique revient en somme à s’appuyer sur
une culture professionnelle, autant constituée d’arguments
théoriques que d’expériences raisonnées,
pour apprécier – et réduire – l’écart
entre l’enseignement tel qu’on l’a conçu et
prévu (projet, préparation…) et la réalité
de l’apprentissage (les effets de la mise en œuvre sur les
élèves). Analyser une pratique, c’est aussi resituer
les événements ponctuels que sont des leçons dans
le cadre plus large des théories d’enseignement, d’apprentissage,
d’éducation.
3. LES EPREUVES D’ADMISSION (du 2 avril au 4 mai 2007)
3.1 OBSERVATIONS GENERALES
Sur 18 candidats aux épreuves d’admission (dont 5 admissibles
de la précédente session), 17 ont présenté
une critique de séance et un seul une animation pédagogique.
4 candidats ont obtenu des notes inférieures à 10 / 20
aux deux épreuves (critique de séance et mémoire
/ soutenance) ; 3 ont une note inférieure à 10 / 20 à
l’épreuve de critique et 4 à celle du mémoire.
La moyenne des notes de critique de séance, épreuve à
coefficient 3, est de 9,5 / 20.
La moyenne des notes de mémoire, épreuve à coefficient
2, est de 11 / 20.
En critique de séance, 12 notes sont inférieures ou égales
à 10 et une seule est égale à 14.
En mémoire, 10 notes sont inférieures ou égales
à 10 et 5 sont égales ou supérieures à 14.
La critique de séance est donc déterminante pour la réussite,
compte tenu de son coefficient et surtout de sa nature.
3.2 LE MEMOIRE ET LA CRITIQUE DE SEANCE : TRAITS DISTINCTIFS

La mise en évidence, ci-dessus, des différences essentielles
entre les deux épreuves permet de prendre conscience des difficultés
rencontrées par les candidats.
- Les deux épreuves nécessitent une bonne maîtrise
des contenus.
- Le mémoire impose une démarche d’investigation
proche de la démarche scientifique que les candidats s’efforcent
de suivre (on la retrouve dans les plans de mémoire) ; au contraire,
la critique de séance nécessite d’adapter l’entrée
en matières en fonction d’éléments «
parlants » variables selon les circonstances (réactions
et productions d’élèves ; estimation de l’écart
entre la préparation et la réalisation ; pertinence de
la démarche et / ou de la situation pédagogique…).
- Le mémoire s’inscrit dans la durée « contraignante
» de la conduite d’une activité pédagogique,
de la recherche documentaire et de l’écriture. Le candidat
a le temps d’y lire l’évolution des élèves
et en conséquence, de modifier le traitement de la problématique.
Inversement, la critique de séance s’inscrit dans l’immédiateté
de l’observation et de l’entretien. Il faut être vigilant,
prendre des notes pour fixer des éléments instables et
de nature différente et les exploiter immédiatement avec
l’élève maître. Dans un cas on peut s’adapter
lentement, dans l’autre, l’adaptation de l’observateur
doit être très rapide, sous peine de ne pas saisir l’essentiel.
- Comme les leçons des épreuves d’admissibilité,
le mémoire s’appuie sur ce qui fait l’essence du
métier d’enseignant : la pratique pédagogique au
bénéfice d’un groupe d’enfants. Au contraire,
le conseil de formation, en jeu dans la critique de séance, est
souvent une nouveauté pour le candidat.
3.3 LE MEMOIRE ET LA SOUTENANCE
3.3.1. RAPPEL
Le mémoire doit « prendre appui sur l’expérience
professionnelle » qui peut sommairement se définir comme
l’habitude réfléchie d’enseigner des contenus
qu’on maîtrise à des enfants qui ne les maîtrisent
pas.
« Prendre appui », signifie qu’on ne peut se limiter
à l’expérience professionnelle, c’est-à-dire
à l’exposé descriptif d’une activité
pédagogique. Il est plutôt attendu un travail « articulé
sur une problématique nettement repérée ».
Si l’expérience professionnelle n’est qu’un
appui, des indicateurs plus objectifs (externes) permettent de repérer
clairement une difficulté ou une absence de mise en œuvre
d’un contenu de programme. C’est ainsi seulement que se
dégagent une problématique et des propositions (hypothèses)
pédagogiques de réponse. Autrement dit, les constats empiriques,
les questions intuitives qui en découlent, et les activités
choisies pour tenter d’y répondre, doivent être argumentés,
étayés, structurés, par des données de référence
(lectures, évaluations diagnostiques…). De la sorte, le
mémoire rend compte du passage progressif d’un degré
de connaissance d’une question et d’efficience de son traitement
à un degré supérieur. C’est à cette
condition qu’il est « une épreuve d’approfondissement,
de recherche personnelle, d’élargissement de la culture
» du candidat.
3.3.2 PROFIL DES SUJETS
Les mémoires 2007 présentent
- pour moitié des sujets transdisciplinaires : place et rôle
de l’outil informatique dans l’acquisition de la lecture
et dans la production d’écrit ; éducation à
la citoyenneté et éducation physique (ou maîtrise
de la langue orale ou lecture) ; langues polynésiennes et approche
des quantités et des nombres ; littérature et arts visuels
;
- pour moitié des sujets disciplinaires : apprentissage des langues
polynésiennes ; observation raisonnée de la langue ; comptines
et conscience phonologique ; jeu dramatique et communication orale ;
compréhension des textes lus ; résolution de problèmes
en mathématiques ; développement de l’esprit scientifique
en maternelle.
- Dans l’ensemble, ils sont correctement cadrés par les
programmes. Ils laissent aussi ouverts de nombreux champs pour les prochaines
sessions : sur le dire, lire, écrire en toutes disciplines ;
sur la poursuite de la lecture oralisée au-delà du cycle
2 quand trop d’élèves entrent en 6ème sans
lire couramment ; sur la réalité du vivre ensemble dans
une classe ; sur les apprentissages de base en lecture au cycle 2 ;
sur l’histoire et la géographie ou la structuration spatio-temporelle
; sur le rôle que peut jouer « l’analyse » (écoute,
regard…) d’œuvres artistiques dans la constitution
d’une première culture ou encore dans l’expression
personnelle, etc.
3.3.3 REDACTION
La rédaction qui laissait souvent à désirer, en
particulier en orthographe, est beaucoup plus soignée. Les candidats
rendent moins des « premiers jets », hâtivement rédigés
et mis en forme : ils réécrivent. Il est probable aussi
qu’ils s’adjoignent l’aide de lecteurs. Il ressort
enfin de la lecture que la qualité de la rédaction (orthographe,
syntaxe, cohérence et cohésion des paragraphes…)
coïncide le plus souvent avec celle de la maîtrise des concepts,
notions, outils, arguments utilisés : ce qui est bien compris
est généralement clairement dit.
3.3.4 REFERENCES DOCUMENTAIRES
Les bibliographies / sitographies comportent en moyenne 11 références
(entre 5 et 16 selon les mémoires) dans la proportion 2 sites
pour 9 documents papier. Tous les candidats ont compris la nécessité
de se fonder sur des textes de référence (« théoriques
»), permettant de prendre un minimum de distance avec la pratique
d’enseignement ou avec les savoirs empiriques sur les enfants
: ils constituent 30% des titres. Les ouvrages de pratique pédagogique
mêlant activités, analyses et vulgarisation de notions
(environ 25%) sont préférés aux documents pour
enseigner (manuels, fichiers…). La documentation institutionnelle
se limite généralement aux programmes et documents d’accompagnement.
La présentation des titres n’est pas toujours normalisée.
3.3.5 ASPECTS QUALITATIFS
La qualité des mémoires peut être déclinée
ainsi :
- La problématique et le cadrage théorique, la méthode
d’investigation-action et l’évaluation, les perspectives
offertes, sont bons. Par exemple, un mémoire réussit la
gageure d’exposer, synthétiquement et avec clarté,
les acquis de la psychologie cognitive, un modèle de la lecture
et un modèle d’apprentissage de la compréhension.
Son dispositif qui cible des entrées – enseigner l’autorégulation
dans la réponse à des questionnaires ; traiter les structures
syntaxiques complexes ; créer un univers de référence
– débouche sur la démonstration du bien fondé
des ateliers de lecture préconisés officiellement.Un autre
mémoire, tout aussi bien cadré théoriquement et
présentant une gamme d’activités ingénieuses
fait une démonstration inverse. La candidate part sur l’idée
que les comptines permettent de mieux acquérir la conscience
phonologique. Or s’imposent, au fil des activités retracées
et des analyses, les différences – les contradictions voire
l’incompatibilité – qu’il y a entre un jeu
verbal (accentuation anormale des mots, fréquence inhabituelle
de phonèmes ou syllabes, scansion …) et les mots ordinairement
dits.
- Les activités et situations proposées montrent à
l’évidence qu’on a affaire à un bon enseignant
mais elles sont inutiles ou peu adaptées pour traiter le problème.
Ainsi, on se propose de mettre en rapport le chant et la lecture expressive.
Mais si tous les dispositifs mis en place permettent de faire correctement
de l’éducation musicale, ils ne mettent jamais en évidence
les liens entre les deux et donc ne font pas la démonstration
qu’on peut améliorer (ou pas) la lecture ainsi.
- Le cadrage théorique est trop général, sans lien
réel avec le problème posé et avec son traitement
pédagogique. Tel mémoire énumère des généralités
notionnelles en guise de cadrage théorique (réseau, multimédia,
hypertexte, support numérique, documentaire, production d’écrit
assistée) dans un travail sur l’écrit documentaire
et les ressources multimédia. Mais le rapport avec le documentaire
papier (différences, similitudes et complémentarités
; rôle dans la construction des connaissances, sélection
et organisation des documents, etc.) n’est pas vraiment abordé.
- L’objet annoncé du mémoire est réduit à
l’état de prétexte. Les cas exemplaires sont fournis
par l’utilisation de l’informatique multimédia :
présentée comme un instrument – un auxiliaire –
pour apprendre autre chose, elle devient l’objet d’enseignement
(apprentissages de manipulations, logistique, manipulations de logiciels
inappropriés générant un comportements improductif
chez les élèves…). En somme, la prégnance
de l’outil technologique marginalise l’autre domaine sans
montrer pour autant l’intérêt de l’informatique.
Dans le même ordre d’idée, un sujet liant l’observation
réfléchie de la langue et la lecture et un sujet liant
les arts visuels et la lecture oublient cette dernière.
- Enfin, pour quelques mémoires, le traitement du problème
posé est superficiel.
3.3.6 LA SOUTENANCE
Elle a conservé, pour chaque candidat, les caractéristiques
du mémoire, confirmant ses qualités ou ses déséquilibres
et lacunes.
Ainsi, l’entretien avec le jury permet de vérifier la solidité
et l’authenticité de ce qui est proposé. Il arrive
encore pourtant que la présentation soit trop descriptive, reprenant
synthétiquement le contenu écrit . Cependant, environ
un candidat sur deux a effectué un premier recul critique entre
la remise du mémoire et le jour de la soutenance. Enfin, lorsque
des perspectives sont présentées, elles sont de plus en
plus souvent cohérentes avec le travail effectué et réalistes
par rapport aux charges d’enseignement qu’il faut continuer
d’assumer.
3.4 LA CRITIQUE DE SEANCE
3.4.2 RAPPEL
La circulaire de présentation de l’examen du CAFIPEMF
est peu explicite sur cette épreuve. On y préconise «
la conduite d’un échange professionnel », d’un
« dialogue de professionnels » plutôt que «
l’exposé en forme ». On y répète qu’il
faut « aider [l’enseignant en formation] à analyser
sa prestation, dans « une approche formative ».
3.4.3 L’UTILISATION DES DOCUMENTS
Le candidat peut disposer des documents préparatoires de l’élève
maître : la fiche pédagogique de séance et les éléments
pour la situer dans une séquence didactique. Souvent ce second
document n’est pas fourni ou reste très superficiel. L’élève
maître ne s’en est-il pas préoccupé en contactant
le titulaire de la classe ? Pense-t-il que les séances peuvent
être isolées les unes des autres ? En tout cas, l’absence
ou la superficialité de cet outil sont très utiles car
elles conduisent à faire raisonner sur l’opportunité
de la séance et sur ses prolongements.
La fiche de séance : elle est un indice des choix effectués
en amont sur lesquels on peut revenir ; elle est aussi le « témoin
» permettant au candidat d’aider l’élève
maître à prendre conscience de l’écart entre
les intentions d’enseignement et la réalité observée
de l’apprentissage. Attention toutefois de ne pas faire de ce
document écrit un outil de « lecture littérale »
de la séance. Il est rare en effet que le suivi de la fiche,
point par point, permette une analyse pertinente. Comme l’élève
maître qui peut faire primer le déroulement de sa fiche
sur l’adaptation aux réactions des élèves,
le candidat peut aussi négliger de partir d’observations
intéressantes pour se limiter à décliner les étapes
de la préparation.
3.4.4 L’OBSERVATION ET LE RECUEIL DE DONNEES
Les productions des élèves
Elles sont un levier primordial pour la prise de conscience par l’élève
maître de ses propres carences ou de ses qualités. La consultation
ensemble (formateur / stagiaire) de traces écrites individuelles
ou collectives (tableau) ou de réponses orales soigneusement
listées par l’observateur, met l’élève
maître en position d’analyse active :
- il travaille réellement sur le statut de l’erreur ;
- il exploite les démarches concrètes et les « proto
stratégies » d’enfants dans la résolution
de questions ;
- il peut les rapporter au choix de ses dispositifs, de son matériel
ou de ses interventions,
- il mesure l’écart entre ses intentions pédagogiques,
traduites par sa préparation, et la réalité des
réponses.
Il est dommage que ces productions soient, souvent utilisées
de manière anecdotique.
On regrette aussi que nombre de candidats n’éprouvent pas
le besoin de passer dans les rangs des enfants au travail,
- pour repérer déjà des indices intéressants
sur lesquels portera le dialogue formatif,
- pour observer non pas le produit (le résultat) mais l’acte
de production (utilisation d’un matériel, d’un savoir,
d’algorithmes divers ; bricolages, expériences et essais,
brouillons…).
Ce que dit ou fait l’élève maître
Toujours rapporté à ses intentions affichées dans
les documents préparatoires, c’est aussi un champ concret
essentiel de discussion formative.
- A-t-il établi un lien clair avec la leçon précédente
pour situer ses élèves ou pour réta- blir le sens
du travail, alors qu’il intervient ponctuellement dans la classe
? Interroge-t- il sur la leçon ou propose-t-il un court exercice,
fait-il relire le cahier ou le manuel… ?
- la formulation et la transmission des consignes sont déterminantes.
La consigne est une directive pour agir. Parfois, elles sont trop longues,
à tiroirs, non reformulées ou essayées par les
élèves. Il faut pouvoir faire prendre conscience de leur
transformation en obstacle à la mise au travail et aider à
leur reformulation.
- La manière de questionner les élèves et l’exploitation
des réponses sont aussi déterminantes. Le très
général « qu’en pensez-vous ? » lancé
à la cantonade après la lecture d’un texte (l’observation
d’un tableau de maître, d’un document historique,
etc.) ou au contraire, la question-problème bien ciblée
(« pourquoi… » / « comment… »),
sont souvent pour une grande part dans l’échec ou la réussite
de la séance. De même, l’ajout d’une question
à une question restée sans réponse, jusqu’à
ce que… la dernière question contienne la réponse,
doit aussi conduire à faire raisonner l’élève
maître.
- La façon de mettre au travail ou au contraire le choix d’arrêter
sont révélateurs : les groupes, le matériel, les
lieux et les déplacements, permettent-ils de commencer rapidement
ou seul ? Pourquoi interrompt-on un travail en cours ? Un cas emblématique
est celui de la découverte d’un texte par la lecture silencieuse
(objectif de fin de cycle 3, observé souvent dès le cycle
2) que le maître interrompt fatalement alors que beaucoup d’élèves
n’ont pas lu la moitié du support.
- Le type de tâche est-il pertinent ? Nombre de manipulations
inutiles dénaturent parfois le sens du travail ? Ainsi, les longs
découpages d’étiquettes, préalables au collage
des réponses, ou les coloriages fastidieux, en monopolisant l’attention,
la détournent du même coup de son objet premier : le calcul,
la lecture, l’observation ciblée...
- La régulation des communications. Il faut observer si le maître
parle trop, si les enfants ne s’écoutent pas entre eux.
L’enseignant fait-il des « pauses cognitives » (des
rappels, des reformulations, des conclusions partielles) ou déroule-t-il
inexorablement le scénario de « sa » séance
pour atteindre « son » objectif au moyen de longs discours
préparatoires ou d’interventions intempestives. Quel est
l’usage du tableau : simple lieu d’affichage de documents
préparés ou de travaux d’élèves ?
Lieu de notation de l’avancée des propositions, du raisonnement
? Cahier d’essai collectif ? ect.
- Le niveau de maîtrise des contenus, enfin, est observé
de près par le jury. S’il est attendu de l’enseignant
qu’il en sache un peu plus que les élèves sur les
contenus qu’il enseigne, il est impératif que le futur
formateur en sache, lui, plus qu’un stagiaire ; d’autant
plus qu’il a choisi son domaine d’intervention en prenant
une inscription à l’examen. Visiblement, des candidats
ne sont pas au clair avec les notions et méthodes en jeu dans
les programmes. Des aspects théoriques nécessaires pour
conseiller, expliquer, convaincre, peuvent faire défaut : par
exemple, sur la génèse du nombre ou de l’entrée
dans l’écrit chez l’enfant, sur le fonctionnement
d’une langue, sur les possibilités cognitives des élèves,
etc. Parfois, ce sont des connaissances événementielles,
culturelles, qui sont insuffisantes.
D’autres paramètres pourraient être mis en observation.
En aucun cas nous ne conseillerions d’avoir une grille préétablie,
sensée faire gagner du temps mais ingérable parce qu’elle
induit chez l’utilisateur le découpage à priori
d’un réel très imprévisible et très
fugace. En réalité, c’est l’équilibre
enseignement / apprentissage, c’est-à-dire la forme et
le degré de directivité pédagogique à la
base de toute séance effectuée – surtout avec des
enfants – qui est au départ (temps de l’observation)
et à l’arrivée (temps de l’entretien) déterminant.
Il passe parfois, dans telle classe, d’abord par une critique
des tâches puis par la qualité ou la quantité des
questions posées aux enfants. Ailleurs, à un autre moment,
c’est du traitement des productions qu’il faudrait partir,
etc. En somme, la réalité est par essence toujours la
même, mais sa lecture varie selon les circonstances.
3.4.5 L’ENTRETIEN AVEC LE JURY
Les entretiens menés par le jury, lors de cette session, n’ont
pas montré de difficultés relationnelles majeures. La
prise de contact est très ritualisée : remerciements pour
l’exécution de la leçon d’essai, autorisation
de tutoiement.
L’ensemble des échange est équilibré (écoute
/ prise de parole de chacun). Une seule fois un élève
maître s’est montré très bavard, autrement
dit sourd à ce qui lui était dit. Une seule fois aussi
la très forte directivité du formateur n’a pas permis
à l’élève maître d’être
réellement actif.
Seuls deux entretiens ont été l’un trop rapide (survol
de la séance) l’autre trop détaillé (pointilliste
et pointilleux). Les conséquences, dans les deux cas, sont la
faiblesse de la formation à l’analyse de l’élève
maître et la mauvaise qualité du conseil, trop superficiel
ou perdu dans les questions, les redites et les commentaires.
Enfin, chez beaucoup de candidats, la force de persuasion n’est
pas au rendez-vous. Il est vrai que l’équilibre est difficile
entre le désir de garder le dialogue le plus ouvert possible,
en mesurant ses propos et en écoutant, et la volonté de
faire reconnaître une meilleure façon de comprendre et
d’agir. La situation est d’autant plus instable que le statut
de formateur n’est pas automatiquement reconnu au candidat par
l’élève maître.