L’épreuve d’admissibilité du CAFIMF, session
2006, s’est déroulée du mardi 25 octobre au mardi
06 décembre 2005.
28 candidats – sur 35 inscrits après agrément des
sujets de mémoire – ont passé l’épreuve
(4 désistements, 3 reports en janvier). 7 candidats se trouvaient
hors des Îles du Vent (6 ISLV, 1 Marquises), 18 à Tahiti
et 3 à Mo’orea.
Les 28 commissions du jury, chacune composée réglementairement
de 5 membres, ont nécessité la participation de 44 personnes
(7 I.E.N., 16 formateurs ENMPF, 27 IMF dont 6 directeurs des écoles
annexes et d’application) : l’ensemble permet donc de réunir
toutes les conditions d’objectivité pour les délibérations.
Lors de la session 2005, sur 37 inscrits, 26 se sont présentés
et 15 ont été déclarés admissibles, s’ajoutant
aux 6 admissibles des sessions précédentes. 7 seulement
ont été admis.
Pour la session 2006, sur 28 candidats, 5 ont été déclarés
admissibles et s’ajoutent aux 7 des sessions antérieures.
Il y aura donc au moins 12 candidats aux épreuves d’admission.
Le faible nombre d’admissibles conduit à se poser un ensemble
de questions :
- Pourquoi les candidats s’inscrivent-ils ?
- Sont-ils correctement informés sur les enjeux ?
- Comment se préparent-ils ?
- Que traduisent les séances observées et les entretiens
de l’état des pratiques ?
1- MOTIVATIONS DES CANDIDATS
Il faut disjoindre le cas des enseignants en écoles annexes ou
d’application des autres. En effet, être nommé dans
l’un de ces établissements, c’est avoir accepté
d’y accomplir des tâches de formation que leur statut impose
ou de s’y préparer. A la différence d’il y
a quelques années, cette information est connue de tous et les
candidats de ces écoles se présentent bien pour devenir
formateurs diplômés et pas parce qu’ils y sont nommés
à titre provisoire.
Ailleurs la situation est différente. Si certains veulent encadrer
la formation initiale ou continue (les manifestations de tension et
d’émotivité lors de l’épreuve en sont
des signes forts), d’autres raisons existent. Ainsi, on note des
candidatures multiples au sein d’une école, pour lesquelles
les entretiens révèlent qu’il s’agit plus
de l’effet d’entraînement d’un enseignant ou
d’une partie de l’équipe que de décisions
individuellement mûries. On peut parler de candidatures «
champignons », en ce sens qu’aucun candidat émanant
de ces écoles n’était inscrit l’année
précédente. D’autres candidats disent qu’ils
n’ont pas l’intention de bouger de leur école ou
de leur île. Ils savent donc, au vu du nombre de conseillers pédagogiques
ou de l’éloignement des organismes de formation qu’ils
auront peu de chances d’utiliser leur qualification. Plusieurs
candidats disent s’être inscrits pour se tester, pour voir
à quoi correspond l’épreuve ou pour acquérir
les 5 points qui s’ajoutent au barème d’avancement
en cas d’obtention du diplôme.
2- INFORMATION DES CANDIDATS
Bien que le dossier d’inscription détaille les modalités
de l’examen et que les inspecteurs et les conseillers pédagogiques
soient à même d’apporter tout complément d’information
qui leur serait demandé, tel candidat n’est pas au courant
de la durée globale des séances à présenter
ou de celle de l’entretien. Tel autre ne connaît pas la
note minimale pour être déclaré admissible. De même,
le rôle de chacune des deux parties – les leçons
et l’entretien – peut être flou. Ainsi certains ne
savent pas très bien ce qui est attendu des séances témoins
; les mêmes et d’autres ignorent visiblement que l’entretien
consiste à analyser et expliciter ce qu’on a montré.
Ils assimilent l’épreuve à une super inspection
sans réussir à adopter la posture du futur formateur.
Une information, institutionnellement programmée, pourrait être
donnée aux futurs candidats lors d’un regroupement un mercredi
ou un vendredi après-midi. En ouvrant plus tôt le registre
d’inscription (quatrième période scolaire), les
candidats auraient le temps, à l’issue de cette réunion,
de compléter leur information et de faire des choix, en prenant
l’avis d’IMF, de CPAIEN ou d’inspecteurs, avant d’arrêter
la décision de s’inscrire.
3- PREPARATION DES CANDIDATS
Nombre de candidats, eu égard à la nature de leur motivation
et / ou à une inscription tardive, commencent leur préparation
seulement à la réception de l’agrément du
sujet de mémoire, qui scelle l’inscription définitive.
On se trouve alors à quelques semaines à peine des épreuves
: le délai est court si l’on pense que chacun a aussi la
charge d’une classe.
L’année qui précède l’inscription devrait
être une année de préparation. Il faut s’informer
sur l’examen et sur les tâches de formation auprès
de ceux qui en assument régulièrement (IMF et CPAIEN),
s’entretenir avec l’inspecteur de la circonscription et
au besoin lui demander d’effectuer une visite pédagogique.
Il faut aussi se préparer (par des lectures, la formation continue,
etc.) à choisir les disciplines qui seront présentées.
Enfin, il faut s’exercer – avec d’autres candidats
ou avec l’aide de CPAIEN et de l’inspecteur, etc. –
à associer des séances pratiques et leur analyse raisonnée.
En effet, tout enseignant doit être apte à apprécier
l’écart entre ce qu’il prévoit (la préparation)
et ce qui se passe (la mise en œuvre) et à proposer une
régulation de cet écart. A plus forte raison lorsqu’on
envisage de devenir formateur.
Depuis deux ans, le nombre important de candidats et l’isolement
de certains à quoi s’ajoute, cette année, le faible
taux d’admissibles, nécessite qu’une préparation
soit institutionnellement mise en place. Elle pourrait prendre la forme,
déjà éprouvée, d’une affectation en
binôme de candidats dans des classes d’IMF. Ils seraient
ainsi, in situ, à même de prendre toute la mesure des enjeux
de la fonction, auraient un meilleur accès à la documentation
et des facilités pour rencontrer leurs directeurs de mémoires.
D’autres modalités ne sont pas à exclure.
4- ECHANTILLON DE PRATIQUES
56 séances de 30 à 60 mn ont été effectuées
: 24 de français et 4 de mathématiques pour la première
séance ; 8 de reo ma’ohi, 7 de sciences et technologie,
7 d’éducation musicale, 4 d’arts plastiques, 2 d’éducation
physique et sportive, pour la deuxième séance.
Aucun candidat n’a présenté de séance en
histoire, géographie et éducation civique.
Les 24 séances de français se répartissent en 6
séances d’oral (en maternelle) et 18 d’écrit,
dont 15 en lecture.
- L’ influence de la conduite de classe sur les
communications
Dans l’ensemble, les maîtres observés constituent
de bons exemples. Sauf exception (une ou deux classes où il n’y
a pas le minimum de calme et de concentration nécessaires pour
apprendre), les communications entre les élèves et l’adulte
sont bonnes. Les plus jeunes font preuve d’une bonne capacité
d’écoute et de compréhension. Ils se déplacent,
s’organisent avec beaucoup d’autonomie. Les plus âgés
sont toujours motivés et très réactifs aux sollicitations
de l’adulte. Les maîtres font des efforts de clarté
en ajustant leur débit et leur vocabulaire, en reformulant leurs
consignes ou en montrant ce qu’il faut faire.
Deux éléments négatifs doivent être signalés
cependant. Dans les classes maternelles, les jurys ont régulièrement
remarqué que les élèves restent trop longtemps
dans des groupes non dirigés. Leurs échanges sont réduits
et par voie de conséquence, linguistiquement pauvres. Dans les
classes élémentaires, les communications entre enfants,
plus autonomes sur le plan langagier, sont nécessaires pour apprendre.
Or le jury a souvent observé qu’elles sont paradoxalement
trop limitées. En somme, à l’école maternelle
où l’enfant doit sans arrêt bénéficier
des échanges avec l’adulte, ils sont réduits (temps
des rituels, transmission des consignes, groupe dirigé). Au contraire,
à l’école élémentaire où le
discours de l’enseignant pourrait être beaucoup plus relayé
par des échanges motivés entre élèves, le
propos très centralisé de l’adulte prévaut.
Au-delà de conditions insuffisantes d’utilisation du langage,
ceci est aussi emblématique de conceptions très répandues
du travail dans les classes.
- Ce que montrent les préparations et les déroulements
de séances
En général, des documents écrits de préparation
sont remis aux membres du jury. Quelques-uns permettent de situer la
séance observée dans un ensemble séquentiel plus
large et font référence aux textes officiels. Fréquemment,
il s’agit de fiches pédagogiques de séance qui seront
resituées lors de l’entretien.
Il a été régulièrement constaté que
le rapport entre les compétences visées (quoi) et les
situations pédagogiques utilisées pour les travailler
(comment) manque de pertinence.
Cela se traduit par un écart trop grand entre l’objectif
de séance ou de séquence et la compétence. Ainsi,
la compétence de communication « s’initier au tuaro’i,
matutu : argumenter, expliquer, justifier… » est-elle traduite
par un objectif linguistique très restreint « reproduire
un dialogue en respectant les schémas accentuels et intonatifs
et en réalisant correctement les phonèmes ». De
même, pour la compétence « raconter brièvement
l’histoire de quelques personnages de fiction rencontrés
dans des albums connus », l’objectif de séance est
« écouter et comprendre une histoire ». Ou encore,
en reo’ma’ohi, l’objectif « découvrir
les extrêmes du stade de maturation de deux fruits » qui
réfère aux Sciences de la Vie et de la Terre (recevable
si l’on se déclare en situation de « langue d’enseignement
»), est donné pour travailler la compétence «
s’exprimer correctement afin de se faire comprendre par ses pairs
» et consiste en définitive à utiliser deux mots,
l’un pour exprimer l’état « non mûr »
et l’autre pour l’état « mûr ».
A contrario, le jury a remarqué l’absence de distinction
entre l’activité cognitive de l’élève
et l’action sur et avec un matériel (les tâches assignées).
Cette assimilation fait perdre le sens des choses aux élèves
qui agissent sans apprendre. La conception de beaucoup de séances
conduit à confondre enseigner avec faire faire et apprendre avec
faire (« les élèves ont manipulé »
entend-on souvent dire). Par exemple, on surligne les mots qui désignent
des personnages sans que cela serve à mieux comprendre car il
n’est pas prévu de demander quelles informations –
quelle caractérisation des personnages – apportent les
désignatifs. De même, en grande section, des élèves
écoutent des enregistrements de consignes en boucle, hors de
tout contexte d’utilisation, pendant que l’enseignante s’occupe
d’un petit groupe. Ou bien en cycle 3, une activité d’écoute
analytique d’une œuvre musicale (distinguer les instruments,
leur ordre d’apparition, les effets obtenus) s’effectue
… en chantant. Ou encore, en mathématiques au cours préparatoire,
situer des éléments dans un tableau à double entrée
consiste à reproduire (recopier) sur un grand tableau (en travail
de groupe) les données de tableaux individuels : l’activité
cognitive des élèves est donc peu sollicitée. Il
aurait mieux valu que chacun ait à communiquer à un partenaire
les coordonnées pour placer les images au bon endroit dans son
tableau (d’autant que les mêmes élèves utilisent
déjà un tableau du même type pour constituer des
syllabes).
- Parcellisation et dilution des apprentissages
Un des points constatés de façon récurrente par
le jury est la tendance à la simplification pour l’élève,
de manière qu’apprendre soit synonyme de réussir
une tâche. Dans la logique d’une pédagogie par objectif
poussée à l’extrême, ceci se traduit par l’extrême
découpage des savoirs en micro-acquisitions. Ainsi, en moyenne
section, une séquence de découverte du monde par les sens
est-elle subdivisée en six ou sept séances consacrées
chacune à un seul sens. Pourtant, les réalités
concrètes sont appréhendables par plusieurs sens en même
temps (un aliment par exemple). En procédant ainsi, en séance
5, on a oublié les manifestations des sens vus dans les séances
précédentes. D’ailleurs, une séance suffit-elle
pour établir la distinction entre salé et sucré
par exemple ? La séquence terminée, que deviennent ces
parcelles d’acquis très instables ? En quoi cette procédure
garantit-elle, pour les enfants, l’ac-croissement de leurs moyens
de découvrir le monde ? Ce choix conduit à ôter
la complexité des situations, nécessaire pour apprendre.
La même chose a été fréquemment constatée
en lecture. Ce qui peut être lu de manière approfondie
en trois séances l’est en sept ou huit. Il est donc impossible
pour l’élève d’avoir à sa disposition,
rapidement, les informations constitutives du plaisir de lire (savoir
ce que devient le héros, pouvoir s’identifier à
lui, découvrir une information…) et de la compréhension
(quelles sont les motivations, les relations des personnages, que signifie
l’histoire…).
De la sorte, les informations et les activités nécessaires
à la constitution des compétences se diluent au fil des
séances et des semaines.
Un autre élément de déstructuration des apprentissage
tient au déroulement même des séances qui incluent
souvent des phases sans valeur ajoutée, au contraire. Par exemple,
on constate une tendance à effectuer des travaux de groupe sans
nécessité. En maternelle, cela crée des situations,
évoquées plus haut, d’abandon des élèves
dans des activités occupationnelles, pendant qu’un seul
groupe est dirigé (une fois par semaine environ, selon les traditionnelles
rotations). L’observation des enfants montre qu’ils imitent
le premier qui agit, ce qui limite beaucoup l’exploitation que
l’enseignant peut tirer du travail fait. En outre, ce dispositif
est coûteux en temps d’installation, de partage du matériel,
d’accord sur la tâche ou sa présentation, voire de
lecture selon qu’on est bien ou mal placé par rapport au
support. Tout cela est plus rapidement résolu et plus significatif
lorsqu’on travaille seul ou à deux. Enfin, lorsque les
travaux diffèrent entre les groupes, ils donnent rarement lieu
à de réels échanges lors des regroupements puisque
chacun découvre ce qu’ont fait les autres. Le résultat
est que ces temps de synthèse sont escamotés. Or, ils
sont essentiels parce que le savoir s’y structure au fil d’arguments
contraires ou complémentaires, en prenant conscience de cheminements
différents ou communs. L’élaboration partagée
de conclusions ou de régularités est donc loin d’être
le fruit d’une construction par les élèves, comme
l’affirment pourtant les préparations.
5- LE CAS PARTICULIER DES SEANCES DE LECTURE
Les plus nombreuses données à observer, emblématiques
de tout ce qui a été signalé précédemment,
elles méritent un traitement particulier. Elles sont aussi l’occasion,
dans le cadre exceptionnel d’un examen pour acquérir la
qualification de formateur, de poser concrètement la question
de l’efficacité dans un domaine essentiel pour la réussite
des élèves.
Une séance a pris appui sur un roman classique en version adaptée,
une autre sur un roman pour enfants, deux sur un documentaire et une
sur une saynète de comédie, toutes les autres ont eu pour
support un album.
Dans tous les cas, les textes ou les œuvres choisis sont adaptés
aux intérêts et aux possibilités des élèves
ainsi qu’à leurs besoins pour apprendre à lire.
En un mot, sous des dehors séduisants – motivants –
ils constituent le terrain d’une confrontation intéressante
entre l’apprenti lecteur et les mots, le récit, le sens.
Les fiches préparatoires montrent qu’il s’agit de
choix conscients. Les enseignants ont effectué une analyse remarquable
des œuvres. Ils mettent ainsi en évidence leurs qualités
intrinsèques et par là même l’intérêt
qu’il y a à les retenir pour enseigner à lire.
Qu’est-ce qui fait alors que même avec des problématiques
et des démarches intéressantes, l’efficacité
n’a pas été au rendez-vous ?
- Lire et relire
La caractéristique majoritaire des séances vues réside
en ce qu’on y lit (très) peu ; pas plus les élèves
que les enseignants. La durée moyenne du temps de lecture des
élèves se situe autour de 10 à 15 minutes pour
des séances de 45 à 60 minutes.
Par exemple, les séances débutant par un rappel ne s’appuient
pas sur la relecture – totale ou partielle – de ce qui a
été déjà abordé. De même, lorsqu’il
s’agit d’une première séance, on préfère
gloser longtemps sur la première de couverture (même avec
les plus jeunes), sur le titre et / ou le début de l’histoire,
plutôt que d’intéresser les élèves
en lisant pour eux ou en les faisant lire. Au passage, notons que cette
manière de procéder suppose que les élèves
ont déjà acquis une grande maîtrise du langage d’évocation,
ce que l’observation infirme.
Généralement, cette phase est suivie d’un travail
individuel. C’est le moment où les élèves
ont pour tâche explicite de lire en vue de répondre à
des questions. Cette lecture individuelle (dite silencieuse) ne permet
pas de savoir combien lisent l’ensemble du texte. La disparité
est accrue par le fait que ce moment est limité (les documents
de préparation prévoient fréquemment un temps court).
Les lecteurs sont donc interrompus en des lieux différents du
support. Seuls les plus rapides ont quelque chance de savoir de quoi
traite l’ensemble.
L’essentiel de la longue phase (20 à 35 minutes) collective
qui suit consiste à tenter de vérifier la compréhension
: on commente, on discute, on analyse ce qu’on n’a lu –
ou essayé de lire – qu’une fois. La plupart des candidats
auraient pu faire leur ce propos spontané de l’une d’entre
eux : « C’est plutôt une séance de communication
orale que j’ai présentée ». Ayant peu lu,
les élèves répondent peu ou mal aux sollicitations.
Les maîtres s’évertuent alors à accumuler
les questions qui les aiguillent vers les réponses attendues.
Le fait de commencer par relire ensemble un passage n’est pas
un procédé pédagogique courant. Sans parler de
relire une troisième fois (de manière différente,
en mettant l’accent sur une phrase, en jouant sur l’intonation…).
Beaucoup d’élèves n’apprennent donc pas que
pour comprendre un écrit il faut le lire plusieurs fois. Ils
intègrent par contre que le parcourir une seule fois peut suffire.
Certains sont même confortés en cela par le fait qu’ils
répondent aux questions sans avoir lu ou sans avoir à
se référer au texte qui devient presque superflu.
En somme, les jurys ont constaté que la recherche du sens s’opère
plus volontiers à partir d’une multitude de questions que
d’une pluralité de lectures.
- Tout lire ou ne pas tout lire ?
Si lire tend à se confondre avec se souvenir, l’activité
s’apparente aussi souvent à la résolution de devinettes,
car on ne lit pas tout.
Lors de l’entretien, telle enseignante de cours préparatoire
confirme qu’on peut comprendre un texte en glanant un mot par
ci par là. Dans le support qu’elle utilise, elle a d’ailleurs
mis en caractères gras les mots qu’elle juge indispensables.
Ainsi, les élèves ne les ratent pas et sont dispensés
de lire le reste. De même, dans une séance au cours moyen,
le texte est limité aux quelques lignes du début, très
ambiguës à cause du mode d’énonciation utilisé
(jeu sur les pronoms) pour désigner les personnages. Pendant
une quinzaine de minutes, les élèves sont contraints de
deviner plus que d’anticiper, tellement les informations sont
rares et incertaines.
Les modalités d’entrée dans le texte sont ici primordiales.
Les jurys ont constaté, en particulier dans les classes du cycle
2, une tendance à demander d’abord aux élèves
s’ils reconnaissent des mots. Ceci a pour effet de les orienter
immanquablement vers les dernières lignes lues ou bien d’aller
au hasard de leurs acquis, très disparates. Lire à partir
du début et jusqu’à un point convenu (unité
de sens appréhendable compte tenu du niveau du public, effet
d’anticipation…) n’est pas courant. Même aux
lecteurs plus habiles (cycle 3) on ne demande pas de lire ensemble le
texte passage après passage. On les enjoint plutôt à
montrer le mot, la ligne, la phrase qui prouvent ce qu’ils avancent
en réponse à une question posée. De la sorte, les
élèves pratiquent une lecture parcellaire au gré
des réponses des plus rapides. D’ailleurs, ce type de lecture
peut être voulu lorsque, d’entrée de jeu, le maître
fait effectuer des relevés précis (les mots qui désignent…).
La lecture intégrale est aussi empêchée par d’autres
modalités de présentation du support liées à
un type de tâche. Ainsi, le texte est en désordre (puzzle),
lacunaire (à trous), tronqué (anticipation) ou est réduit
à un corpus de données à recueillir (tableau à
compléter). Parfois, il est en marge de la lecture. Par exemple,
un candidat fait tracer la silhouette typographique du texte ; un autre
remplace la lecture expressive prévue au profit du surlignage
des noms des personnages et du repérage d’indications scéniques
; ici, on cache soigneusement le livre en dévoilant la première
de couverture par tout petits bouts ; là, après avoir
lu les trois ou quatre lignes d’introduction, on ressort du livre
pour s’interroger sur son titre, etc. Dans tous ces cas, le texte
n’est plus qu’un prétexte à l’exécution
de tâches, plus ou moins savantes, mais toutes assez loin de la
lecture.
Certes, si l’ordre du récit, comme c’est souvent
le cas en littérature, diffère de celui des événements,
un puzzle peut se justifier. Certes, en première approche, la
nature d’un texte peut être révélée
par son aspect typographique. Certes encore, le jeu avec le paratexte
peut être intéressant pour s’orienter, anticiper.
Mais d’une manière générale, les séances
ne doivent pas se passer à ces jeux qui font oublier qu’un
texte se lit ligne à ligne, de la gauche vers la droite et de
haut en bas. Il est difficile de s’en passer pour comprendre,
encore plus lorsqu’on apprend à comprendre. C’est
l’accumulation d’informations plutôt que leur caractère
dispersé et réduit qui permet au lecteur de reconstituer
le sens. Si on lui en interdit l’accès, si on l’en
détourne alors qu’il apprend à se repérer,
ses capacités de lecture seront d’autant plus incertaines.
Ignorer cela, c’est occulter comment le sens se structure et se
distribue. Un écrit redit, reprend, redésigne, reformule,
etc. afin que le sens se constitue le long d’un chemin ainsi jalonné
de repères. En incitant les apprentis lecteurs à prendre
un mot, une expression, une répartie, une ligne ici ou là,
on les prive d’un déplacement régulier, de jalon
en jalon.
- Lire et dé-lire
Lorsque à l’école, lire n’est pas tout lire
et re-lire, alors lire devient dé-lire : désapprentissage
de quelque chose de fragile et d’instable.
La plupart des séances observées n’ont pas permis
de voir que les enfants avaient à remettre sans cesse sur l’ouvrage
leur capacité à égrener le texte – oralement
et / ou en silence – dans son intégralité. Elles
n’ont pas montré des élèves progressant dans
le texte, passage après passage, en fonction de choix raisonnés
du maître, pour dire ensuite ce qu’ils déduisent
de leur exploration. Le rapport entre la cohésion (la reprise
périodique de ce dont parle un écrit : son thème)
et la progression (aller vers le terme du propos) propre à tout
texte, n’a aucune chance d’être intégré
par le lecteur novice si la démarche pédagogique oscille
sans arrêt entre la stagnation (sur un mot, un passage, par le
biais d’une série de questions) et la précipitation
(faible temps passé à lire, saut anarchique d’un
lieu à l’autre du texte).
CONCLUSION
Les situations pédagogiques constitutives des séances
observées sont le plus souvent fondées sur des supports
soumis à une solide analyse préalable, révélatrice
de leur intérêt pour faire apprendre quelque chose. Elles
offrent donc un bon rapport entre le connu (acquis) et l’inconnu
(ce qu’il faut apprendre).
Cependant, ces séances sont conduites de manière trop
formelle. Ceci se traduit par un dialogue pédagogique abstrait
pour les élèves. En conséquence, ils manquent de
repères pour appréhender et s’approprier réellement
les situations. L’image de l’équilibre cohésion
/ progression constitutif de tout écrit, pourrait être
reprise ici : toute séance doit ménager une part de cohésion
et une part de progression. La cohésion du travail des élèves
est assurée par les nécessaires reformulations récurrentes
du maître ou des élèves (rappels, établissement
de points de repère, synthèses partielles, commentaire
des actes des élèves...). La progression vers l’objectif
tient aux problématiques simples, aux questions ciblées,
à l’introduction de documents et d’outils utiles
pour relancer régulièrement l’activité cognitive
des élèves.
S’attacher à constituer (lors de la conception des séances)
et à maintenir (par des régulations lors de leur mise
en œuvre et de leur analyse à posteriori) une conduite de
classe équilibrée peut être une entrée dans
la préparation à l’examen susceptible d’aider
les candidats à mieux aborder l’épreuve d’admissibilité
au CAFIMF.